Faut-il détruire le bâtiment K ?

Véritable passerelle qui enjambe le campus de Porte des Alpes, le bâtiment K est l’un des bâtiments majeurs de l’université. Cependant, le récent incident qui y a eu lieu nous pousse à envisager une possible démolition.

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« Tout s’est passé si vite, je n’ai pas eu le temps de réaliser que ça s’était déjà passé. » Les mots impuissants de Franklin, étudiant de troisième année de master d’anthropologie et de chaudronnerie, résument la pensée de chacun au lendemain du terrible accident qui a frappé le bâtiment K, dans la nuit du vendredi 8 au lundi 11 avril 2016. Il est l’un des seuls courageux à avoir accepté de se confier à notre équipe, tant les étudiants, en état de choc, défilaient tête baissée, les yeux encore mouillés de sanglots qu’ils avaient peine à réprimer. « Le bâtiment K, c’était ma vie, mon âme », nous confie Marie-Léopoldine, étudiante en M1 de droit, elle aussi traumatisée. « J’ai passé de longues heures de TD à jouer au solitaire là-bas. Je n’arrive pas à croire qu’ils aient pu lui faire ça. »

Comble de l’horreur, le bâtiment K était encore là le mardi suivant, puis le mercredi, s’élevant à la vue de tous dans la plus grande indifférence. De quoi entretenir le choc chez les étudiants, dont certains avouaient hier avoir raté leurs partiels, incapables d’oublier ce terrible événement. Heureusement, certains ont commencé à élever la voix pour protester contre la passivité de la direction de l’université qui ne semble toujours pas vouloir lever le petit doigt pour rétablir l’ordre. Mercredi midi se tenait encore le bâtiment K, toujours honteusement enrubanné dans du sparadrap orange par un plaisantin sans scrupule encore inconnu.

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En réparation depuis 2014, le bâtiment K avait habitué les étudiants, depuis deux ans, à ses réguliers coups de marteau-piqueur, au paysage éborgné par une grue gigantesque et aux barrières détournant le passage jusqu’à la halle des sports. Des contraintes qui pouvaient pousser ces mêmes étudiants à râler contre des travaux qui n’en finissaient plus, mais également à attendre avec hâte la réparation du bâtiment qui ferait sans aucun doute la fierté de Lyon 2. Mais c’était sans compter ce coup du sort qui réservait à l’édifice un triste destin. Au point que certains étudiants, manifestant contre cette horrible mascarade, en viennent à une question majeure : faut-il démolir le bâtiment K ?

Il est vrai que pour certains, sa démolition s’avérerait être un coup dur. Le bâtiment K, même s’il n’était plus fréquenté depuis deux ans, s’était installé dans le décor de l’université avec la même efficacité que les tags communistes sur les murs des amphithéâtres. Mais, comme l’on fait remarquer bon nombre d’étudiants en faveur de la démolition, il vaut mieux désormais voir le bâtiment K, qu’on l’ait chéri ou non, comme un animal souffrant dont l’agonie mériterait d’être écourtée, ce qui amenait à une seule et unique solution : l’euthanasie. Enfin, appliquée à un bâtiment : la démolition.

L’équipe de La Giclée s’est rendue sur le terrain pour tenter de recueillir quelques opinions de ces mêmes étudiants manifestants, et un commentaire résume de belle façon l’esprit général : « Euh, moi, je suis là que parce que les absences sont pas comptabilisées aujourd’hui, hein, mais oui, je pense que c’est honteux ce qu’on a fait au bâtiment K, je ne le ferais pas à mon pire ennemi. » Et quand on leur demandait s’ils étaient en faveur de la démolition, la plupart répondait immédiatement : « Si la direction n’a pas encore agi, c’est que le cas du bâtiment est désespéré, non ? » Certains précipitaient même déjà pierres et manuels de latin contre le bâtiment dans l’espoir de le voir choir.

Le samedi suivant, la direction de l’université ne montrait toujours aucun signe de réaction, amplifiant par là même les mouvements étudiants pour la démolition, dépassant même au Top 5 des manifestations les émeutes contre la loi El Khomri, et rattrapant presque les révoltes contre le réseau wi-fi insuffisant de l’université. Les travaux ont même repris vendredi dernier, parfois interrompus par les quolibets d’étudiants désespérés de voir qu’une autre façade du bâtiment K avait été recouverte de sparadrap orange. A la veille des vacances de Pâques, le moral est au plus bas et n’est pas sans rappeler l’incident similaire de l’année passée, lorsqu’un immense bateau gris avait surgi de nulle part pour s’échouer près de la BU et de la cafétéria.

A cette heure, nous attendons toujours une réaction quelconque de la direction de l’université qui débloquera sûrement la situation. La décision d’une démolition irait dans le sens des étudiants, vexés de boire leur café avec pour décor la tour au sparadrap. Cependant, il serait sage de trouver d’abord le coupable de cette infamie, avant de prendre toute disposition qui s’avérerait irréversible.