Plus de quoi railler à la SNCF

Nombre d’entre nous ne sont pas domiciliés à Lyon ou dans l’agglomération du Grand Lyon. Nombre d’entre nous connaissent le phénomène d’exode rural, on pourrait même aller jusqu’à parler d’immigration paysanne. Il est alors d’usage le covoiturage, en plein essor, la marche à pied (qui tend à disparaître ces dernières décennies face à la montée progressive de la voiture à traction) mais aussi le train, le grand fleuron du début du siècle dernier.

La S.N.C.F. (Société Nationale des Chemins de Fer) propose aujourd’hui des tarifs variés, selon les âges, selon les situations économiques mais aussi selon leurs intérêts. Tous les jours, les affaires vont bon train : des milliers d’étudiants se bousculent sur les quais, entrainant homicides et retards à répétition. La Giclée s’est penchée sur le fond de cette compagnie en profond questionnement quant à son avenir : que faire face à ce regain soudain de popularité ? Quelle en est la cause ? Comment habituer les agents ferroviaires à une telle affluence ? Les réponses sont imminentes.

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L’heure de la fin du monopole semble approcher – Flyckr

Nous sommes allés à la rencontre d’un cheminot, Martial, la cinquantaine nouvellement passée, afin d’éclaircir la situation : « Nous sommes dans une impasse, nous ne pouvons plus avancer, on a des trains surpeuplés à chaque heure de pointe, nos trains sont trop lourds et ça engrange des retards terribles. On a plus de vie de famille, on passe notre temps sur les quais. Heureusement, il me reste qu’un an à bosser ! » Des cheminots subissant, une compagnie essoufflée, mais qu’en pensent les usagers ?

Nous sommes allés à la rencontre de trois étudiants de l’université, Firmin, étudiant en audiovisuel, Julien, étudiant en langues, et Vincent, étudiant en théâtre, fréquentant quelquefois les lignes de chemin de fer, afin de connaître le point de vue des usagers précaires de la compagnie ferroviaire. Julien, aussi concis que martial, nous confie que son « rapport est aussi mauvais que rare » avec la S.N.C.F. Il note aussi la hausse croissante des mendiants dans les wagons de Première Classe. Vincent, usager occasionnel (« pour revoir ma belle campagne » prétend-il), tient lui à mettre en lumière que « les couleurs sont pas top […], ça pourrait être plus punchy et vivifiant ». Notre enquête gagne alors en intérêt avec l’interview de Firmin, la vingtaine, nous offrant un témoignage poignant et diplomate.

« LG – Quel est votre rapport avec la S.N.C.F. ?

Firmin – J’ai arrêté de fréquenter la SNCF quand elle a commencé à ne plus m’accepter comme je suis. Elle me faisait payer de plus en plus cher pour des services pas toujours très agréables et même si de l’extérieur ça paraissait bien, à l’intérieur, c’était pas terrible… Ça sentait mauvais, ou alors c’était trop plein… Nous n’avons plus de rapports depuis plusieurs mois.

LG – Que pensez vous des couleurs des locomotives ?

F – Attention, je suis pas raciste, hein, je dis juste qu’il y a beaucoup plus de noires que de blanches…

LG – Pensez vous qu’il y ait assez de confort dans les wagons de Première Classe ?

F– J’ai pas assez d’argent pour entrer dans de la première classe… Mais je peux vous dire que la seconde classe, ça craint pas mal ! »

Ces aveux pertinents quoiqu’émouvants nous montrent avec flagrance que la compagnie ferroviaire connait une profonde aversion de la part de ses usagers, pour des raisons différentes certes, mais avec clarté. N’oublions pas que le nombre de satisfaits de la firme des rails est passé de 58% à 54% en 2015, et que ce chiffre pourrait encore descendre dans les années à venir… Les autorités ont programmé la fin du monopole de la S.N.C.F. dans les prochaines années, ne proposant aucune solution de sauvegarde du premier réseau ferré français. Oserait-on alors dire qu’il s’agit une nouvelle fois d’une entreprise… qui déraille ?