Introduction à la parade nuptiale en politique

Fin novembre, le ciel se couvre, les températures chutent, et les bourrasques mêlées d’averses froides semblent déjà murmurer à nos oreilles, à la manière d’un Sean Bean qui se rend à l’échafaud, « Winter is coming ». Eh oui, c’est l’automne.

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Eddard Stark, une seconde avant l’accident (crédits : HBO)

Oui, l’automne, cette saison qui n’est agréable que lorsqu’elle est jouée par Vivaldi, cette saison qui vous leurre avec un soleil froid et des nuages incontinents, cette saison qui fait fuir de nos contrées les volatiles de toutes sortes.

Tous les volatiles ? Non ! Car quelques irréductibles piafs résistent encore et toujours à l’hivernal envahisseur. Et, alors que cette pratique a généralement lieu au cours du printemps, ils en profitent pour déployer leur opulent plumage en une parade nuptiale incontrôlable.

Comportements visant à séduire le partenaire pour le préparer à l’accouplement, les parades nuptiales se manifestent sous plusieurs formes; la plus courante chez le hibou (je parle bien du hibou, et non de la chouette ; n’oublions pas que la chouette effraie), par exemple, étant l’effacement pur et simple de son casier judiciaire. Une fois la femelle enchantée d’avoir affaire à un volatile irréprochable, le hibou se met alors à baver abondamment, tout en éructant de manière soudaine et irrégulière de petits sons qui, s’ils satisfont la femelle, donnent lieu à l’acte sexuel.

Ce que signifie cette ébauche de chant est difficile à déchiffrer, mais il s’agit généralement, et cela est commun à toutes les espèces d’oiseaux, de sons particulièrement agréables à l’oreille de la femelle ; de petites mélodies, pas forcément très élaborées, mais qui sonneront justes pour la plupart des femelles, puisque ce sont les mélodies qu’elles veulent entendre.

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Asio Prisunicus en pleine parade nuptiale (crédits : Pinterest)

Le hibou a beau être un as en séduction, les autres volatiles ne sont toutefois pas en reste. Prenons l’exemple, cette fois, du corbeau, cet animal souvent décrié par les superstitieux – aujourd’hui nommés « islamo-bobos » – sous prétexte qu’il apporterait le malheur à quiconque s’en approche. Malgré son apparence à donner envie d’écouter du Portishead, le corbeau dispose également de nombreuses méthodes de séduction, à commencer par la mise en valeur de ses beaux sourcils fournis. On lui trouvera un point commun avec le hibou du fait que ses chants nuptiaux visent également à charmer la femme en pointant le bec sur les sujets qui la préoccupent, tels que l’abandon des œufs qui n’ont pas encore éclos, les pingouins, ces oiseaux étranges qui coïtent parfois entre individus de même genre, ou encore ces migrants qui viennent nous voler nos graines.

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Spécimen d’Aves Fillonus, reconnaissable à ses sourcils velus (crédits : humanina)

Toutefois, on sous-estime facilement le nombre d’oiseaux qui restent dans nos contrées pour des raisons nuptiales. Cet automne tout particulièrement, on a pu apercevoir, dans une émission intitulée « Le grand ébat », divers oiseaux se voler dans les plumes : un paon tenter d’impressionner en faisant la roue et en usant d’une nouvelle technique consistant à disparaître pendant quelques années avant de réapparaître, plus beau, plus flamboyant ; mais également, une pie blanche, dont le chant clair était le plus souvent troublé par ceux du hibou, du paon ou du corbeau ; un pigeon, chocolatine au bec ; un martin-pêcheur, donc les mélodies du renouveau n’inspirèrent que peu de femelles ; et enfin, un poisson (écoutez, je sais que ce n’est plus drôle mais l’occasion était trop belle).

Heureusement pour eux, les femelles étaient au rendez-vous cette année. On recense d’ailleurs plus de quatre millions d’entre elles qui auraient trouvé chaussure à leur serre, et les ébouriffages de plumage sont loin de toucher à leur fin car selon les plus éminents ornithologistes, de nouvelles vagues de parades nuptiales sont à prévoir dès cette fin de semaine, et même en janvier. Autant dire que nos volatiles n’ont pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de pécho, allant jusqu’à braver les plus terribles blizzards pour séduire.

On regrettera cependant la monotonie de leurs chants, et le manque d’originalité dans les méthodes de séduction utilisées. Vous me répondrez certainement qu’après tout, il ne s’agit que d’oiseaux, mais à force de prendre du plomb dans l’aile, est-ce que ce ne serait pas le nid lui-même qui serait voué à la chute ? L’imposant chêne où reposent plus de soixante-cinq millions d’oisillons ne serait-il pas menacé par ces faux chants du renouveau, par ces vagues de faucons prêts à dévorer leurs congénères, par ces volatiles aux chants, sinon symphoniques et harmonieux, identiques, s’adressant à des perruches apprivoisées ?

Là-haut, perchés sur une branche qu’ils savent fragiles, certains oisillons se permettent de fixer le ciel à travers le tamis des feuilles, rêvant de voler de leurs propres ailes, imaginant des chants d’amour sincères. L’œil acéré comme leurs serres, ils attendent le signal d’une parade nouvelle, prenant leur mal en patience tandis que les femelles ne se lassent pas des mêmes chants répétés, se satisfont de leur appétit d’oiseau, tandis qu’elles fixent leurs œufs d’un regard paranoïaque, sans jamais oser chercher le soleil dans le ciel.

Mais les volatiles, eux, persistent, et persisteront dans leurs chants désuets, lassants et répétitifs, persisteront à maintenir ce miroir aux alouettes. Qu’ils prennent seulement garde de ne pas se brûler les ailes, car au-delà du nid rôdent de dangereux vautours prêts à se saisir des femelles et des oisillons à la moindre occasion.