Bron to be alive

On connait tous ce marasme, cette souffrance, ce Mal commun – exceptés sans doute les riches bourgeois qui ont le luxe de venir à Bron en voiture, ou les quelques chanceux qui étudient quotidiennement et exclusivement dans le campus des Quais, d’aller travailler dans le Campus Porte des Alpes.

Cet article n’est adressé qu’aux heureux fortunés qui ont connu un jour la joie d’étudier au campus Porte des Alpes.

 

« ‘Tain encore blindé ce putain de tram’, et tout ça pour aller à Bron t’sais ». Cette phrase, assez cavalière avouons-le, est pourtant le type-même de celles qu’on peut entendre quotidiennement aux abords du fameux tramway T2, tangente légendaire du réseau lyonnais des transports en commun. Pas un jour sans qu’on entende « Qu’est-ce qu’il est moche ce campus », voire « Ça donne pas envie d’étudier un foutoir pareil ». Debout dans le transport, les uns sur les autres, baignant ensemble dans une odeur de sueur et d’haleine matinale mélangées, nous ne pouvons certes pas forcément envier un si long trajet pour nous rendre au campus de Bron.

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L’inespéré et indispensable T2 – Crédits : K. Masseteau

 

Notre première analyse qu’il serait bon d’interroger serait la suivante : Pourquoi, avant tout, apparaît-il comme un campus délabré, décrié, insulté ? On raconte, dans la légende, que l’histoire aurait commencé en mai 1968, alors que l’université n’était uniquement que sur les quais, dans le Palais Hirsch. A l’époque, les étudiants se rebellaient contre le gouvernement et les institutions, un fatra anarcho-terroriste aux yeux des autorités de la ville. Les étudiants de Lyon 2, réputés pour leur positionnement politique, ont alors été déplacés dans un autre campus, en construction, loin, très loin du centre de Lyon.

Afin d’amorcer l’enquête et de voir d’où nous partions, nous avons décidé de recueillir les témoignages d’élèves de l’université, choisis par hasard devant les machines de café : Minh Thy, Marc-Edouard et Anne.

Que penses tu de l’architecture du campus ?

Minh Thy : C’est une excellente question.

LG : Merci.

Minh Thy : Plus sérieusement, on peut tout de même se vanter d’avoir un campus qui est tellement grand (fallait bien montrer toute la laideur de la chose jusqu’au bout) qu’on ne sait même plus si on doit pleurer en passant d’un amphi mal isolé à un bâtiment préfabriqué qui tient grâce à la force des bras des étudiants ou si on doit se jeter par la fenêtre du 4e étage de la BU qui ressemble plus à une prison qu’à un lieu de connaissances. En clair, ce campus fait pleurer tellement il est mal foutu, remercions le Grand Lyon d’avoir foutu un tram à l’entrée de la fac : s’il fallait en plus marcher 10 minutes pour arriver là, je pense que le nombre d’étudiants auraient bien baissé.

Marc-Edouard : On se croirait dans un bidonville, c’est tout à fait détestable… Je sais bien qu’on est chez les pauvres, mais tout de même il y a une limite qu’une « université » ne doit pas dépasser !

LG : Qu’est ce qui te déprime dans le campus en lui-même ?

Anne : Ce qui me déprime le plus, ce n’est pas le campus en lui-même (quoique le bâtiment K et ses sous-sols sont flippants) mais surtout qu’on soit au milieu de nulle part et obligé de se taper le T2 blindé pour se déplacer.

Marc-Edouard : Ce qui me déprime le plus, c’est le tramway, que j’ai abandonné très vite, car on se frotte à des gens absolument abjects et provocateurs, à des drogués et des alcooliques, et c’est tout à fait repoussant.

Triste tableau d’une jeunesse en perdition. Tragédie d’une jouvence dénigrée, méprisée, martyrisée, mais qui n’attend que d’être libérée, délivrée, de ce campus qui la répugne. Le leitmotiv de l’exécration en figure de proue. Et pourtant, c’est avec du courage – il en faut – que la Giclée a décidé de vous faire aimer le Campus Porte des Alpes.

 

C’est – il faut nous croire ! – une joie d’avoir cours à Bron, qu’on le veuille ou non.

 

Plus concrètement, passés l’apparence des bâtiments, la vieillesse des couleurs, les tags, la surdose des affiches communisto-anarchistes, les drapeaux soviétiques du forum, les toilettes odorantes, les distributeurs de café dégueulasses, le tramway blindé, les syndicats n’ont pas de quoi se plaindre. Tout le monde peut y trouver son compte : écolos, communistes, sportifs ou encore centristes (encore faudrait-il qu’ils se plaignent).

Au travers de cet article, dont j’en ai conscience l’ouverture commence à être longue et redondante, nous observerons que le campus de Bron, c’est finalement super branché !

Tous ces éléments sont à prendre en compte, car on ne peut nier le nombre toujours croissant des suicides et dépressions qu’occasionnent cette facette sombre mais populaire de notre campus. Mais doit-on rester dans un pessimisme permanent, s’enfoncer dans une haine perpétuelle et systématique de l’établissement qui nous accueille ? N’y a-t-il rien qui surplomberait positivement le campus et ferait enfin naître une fierté d’étudier dans cette faculté ? La réponse, vous vous en doutez, est sans appel : La Giclée a enquêté pour vous et a déniché l’apport messianique du campus, qui saura répondre à la crise de valeurs que connaissent les étudiants réguliers du campus Porte des Alpes.

> Si d’aventure vous aimez la nature, ce campus est fait pour vous. Situez entre roche et marée, entre le parc de Parilly et les champs, cet ensemble universitaire vous propose une bouffée d’air pur, et vous offre une belle proximité avec la campagne. Du batîment O, par exemple, vous pourrez profiter d’un panorama sulfureux sur une étendue de champs et de verdure. Vous ne pourrez maintenant plus vous plaindre de l’urbanisme démodé des bâtiments.

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Ce n’est pas de ce côté que c’est intéressant, désolé – Crédits : K. Masseteau

 

Toujours pour les écolos contemplatifs : vous êtes un grand amateur de paysages ? Ce campus est pour vous : tous les jeudis soirs, et de manière toujours inédite, à horaires variables, venez assister au spectacle spontané et coloré, impromptu et chorégraphiquement surprenant du fameux coucher de soleil. Un spectacle accessible à tous les étudiants, quelque soit leurs origines ethniques et sociales, leurs finances ou leur casier judiciaire.

Si vous vous fichez pal mal de la nature, rien n’est perdu. Vous n’aimez pas la campagne mais vous aimez manger ? Très proche de la faculté, vous trouverez un restaurant fast-food très populaire chez les étudiants – que je ne nommerai pas en toute transparence mais Ki Fait Causer. Les vrais le savent, une petite comme une grande fringale peut y être rassasiée.

Vous avez une passion irréfragable pour l’architecture ? Encore une fois, ce campus est un espace d’inspiration pour vous, plein d’idées innovantes et créatives. Vous serez surpris par le modèle post-moderne du campus, dans un ensemble à la complexité tout à fait passionnante, géométrie variable de bâtiment en bâtiment, aux couleurs surprenantes (#bâtimentK, toi-même tu sais) ou ternes. Il s’agît là d’une structure sans aucun doute cubiste, à la limite du surréalisme. Cette anarchie architecturale ne réjouira-t-elle pas nos collègues anarcho-bobo-communistes ?

Enfin, vous êtes amateur de voyages ? Ne déprimez plus devant le tramway, allez-y avec le sourire, n’y-a-t’il pas autant de monde dans le train ou dans les bouchons lorsqu’on voyage ? Ne faut-il pas connaître des épreuves pour arriver à quelque chose ? La géographie du campus vous propose par là même un voyage quotidien, exotique, … le voyage vers la connaissance ?

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Située derrière le bâtiment O, la nature a repris ses droits : la ZAD de Bron – Crédits : K. Masseteau

Tous ces arguments qui pour vous peuvent paraître superfétatoires n’en sont pas pour autant dénués de sens : n’est-on pas toujours pessimiste de l’endroit où nous vivons quotidiennement, par l’effet de routine ? Cette routine n’enlève-t-elle pas le côté positif des premiers jours, au point de nous entraîner dans une perpétuelle envie d’ailleurs et de nouveauté ? Il paraît au delà de tout cela une évidence : ce n’est pas l’apparence qui doit valoir dans un endroit d’études, mais ce qu’on y enseigne, et comment on l’enseigne. Bien que le contexte fait partie intégrante du processus d’études, il devrait être plus important l’envie de connaître, l’envie de découvrir… Et de toute façon, il ne vous reste ni plus ni moins qu’entre 1 et 7 an(s) dans cet établissement non ? Alors pourquoi nous embêter avec ce pessimisme superficiel et égoïste, pourquoi nous emmouscailler avec vos plaintes matérielles ? Pourquoi m’avoir forcé à écrire cet article ? Vous ne voyez pas qu’il est trop long ?

 

 

 

 

[Photo de Une : K. Masseteau]