Rase Campagne #5 – Emmanuel Macron

La chronique Rase Campagne revient chaque lundi sur le programme des candidats aux élections présidentielles de 2017. Découvrez ainsi, cette semaine, un panorama des propositions d’Emmanuel Macron, candidat d’ « En Marche ! ».

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« Parce que c’est notre PROJET » (crédits: latribune.fr)

Ancien banquier d’affaires chez Rothschild and Cie, ancien ministre de l’économie, le candidat d’En Marche! est aussi, à 39 ans, le plus jeune des élections présidentielles à venir. Fils de deux médecins, il suit, après avoir obtenu un bac S, des études en hypokhâgne puis décroche un DEA en philosophie. Il entre alors à l’ENA, en 2002, ce qui lui permettra, en 2004, d’intégrer l’Inspection Générale des Finances, jusqu’en 2009. Entretemps, il adhère au Parti Socialiste dès 2006, confiant se sentir « proche des idées de la gauche ». Il s’engagera d’ailleurs aux côtés de François Hollande en 2010, et le soutiendra lors de la primaire présidentielle socialiste de 2011.

C’est en 2008 qu’il devient banquier d’affaires pour la compagnie Rothschild, et ses prouesses en tant que diplomate (notamment lors de négociations pour Nestlé) lui attirent de nombreuses louanges. François Henrot dira, par exemple, qu’Emmanuel Macron « aurait été, s’il était resté dans le métier, un des meilleurs en France, sans doute même en Europe. » Mais ce dernier devient Secrétaire général adjoint de l’Elysée en 2012 où, confronté à plusieurs oppositions, il ne parvient pas à faire appliquer ses différentes mesures. Il faut donc attendre 2014, et sa nomination en tant que Ministre de l’Economie du gouvernement Valls pour que ses idées se concrétisent, notamment par le biais de la loi Macron, destinée à « déverrouiller l’économie française » en libéralisant entre autres les marché des transports.

Prônant définitivement un « social-libéralisme », il tente d’appliquer d’autres mesures, telle que le projet NOE (Nouvelles Opportunités Economiques) qui ne verront toutefois jamais le jour ou qui seront incorporées dans la loi El Khomri. Probablement désireux de ne plus avoir les mains liées, Emmanuel Macron décide de démissionner de sa fonction le 30 août 2016, pour se consacrer pleinement à son mouvement politique fraîchement créé, « En Marche! ».

Quelques mois plus tard, il annonce sa candidature aux élections présidentielles de 2017, candidature soutenue par Alain Minc, Jacques Attali, et plus récemment, par François Bayrou. Le 2 mars 2017, Emmanuel Macron dévoile ainsi son programme:

  • Améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs
  • Ouvrir les droits à l’assurance-chômage aux salariés qui démissionnent
  • Engager un « effort national de formation » des chômeurs
  • Supprimer le RSI (Régime Social des Indépendants)
  • Baisser les cotisations sociales des entreprises pour stimuler l’embauche
  • Lancer un plan d’investissement de 50 milliards pour assurer la transition écologique, la révolution numérique et la modernisation des services publics
  • Soutenir l’investissement privé
  • Rénover un million de logements d’ici 2022
  • Soutenir la recherche sur la transition environnementale
  • Privilégier le bio et les circuits courts
  • Diviser par deux le nombre de jours de pollution atmosphérique en remplaçant les vieux véhicules
  • Créer un système universel et égal de la retraite
  • Sanctionner la fraude fiscale
  • Recruter 10 000 policiers supplémentaires
  • Construire 15 000 places de prison
  • Sanctionner les incivilités (harcèlement, insultes, dégradations…)
  • Octroyer 2% du PIB aux armées
  • Construire 80 000 logements pour les jeunes
  • Créer un « Pass Culture »: 500 euros de dépenses culturelles
  • Faire de la maîtrise de la langue française le principal critère d’obtention de la nationalité
  • Travailler avec l’Union Européenne militairement, culturellement et économiquement
  • Créer des conventions citoyennes européennes pour redonner la parole au peuple
  • Réduire d’un tiers le nombre de députés et de sénateurs
  • Interdire aux détenteurs d’un casier judiciaire de se présenter à une élection
  • Interdire le cumul des mandats
  • Réformer la politique des transports

A l’instar de plusieurs de ses adversaires aux prochaines élections présidentielles, Emmanuel Macron se définit comme « anti-système », formulation longtemps décriée, le passé de banquier d’affaires du candidat d’En Marche! lui valant de nombreuses critiques. Toutefois, ce dernier se présente avant tout comme un candidat anti-système politique, et non comme anti-système économique: c’est-à-dire qu’il se définit comme au-delà du clivage gauche-droite, un clivage qu’il juge obsolète et qu’il voudrait révolutionner. S’il fallait donc absolument trouver une étiquette idéologique à Emmanuel Macron, il s’agirait du centrisme, puisque ses mesures, ses idées, se rapprochent, dans la volonté de dépasser l’opposition entre gauche et droite, de celles que portait François Bayrou et le MODEM (en s’inspirant toutefois, au contraire de ce dernier, des idées des deux côtés de l’hémicycle).

Par ailleurs, la conception de la campagne de Macron se rapproche assez singulièrement de la démarche de conception d’une entreprise. En Marche! fonctionne selon les termes d’un produit politique, créé selon des études de marchés, pour répondre à une certaine demande, ce à quoi le programme économique de son candidat doit répondre. Il n’y a d’ailleurs pas de véritable volonté chez Emmanuel Macron d’établir un programme classique, à savoir une « liste » de promesses à tenir en cas d’élection. Le candidat d’En Marche! préfère, lui, proposer une vision, des objectifs globaux, de mesures générales, argument venu maintes fois justifier le retard critiqué de la diffusion de son programme.

Emmanuel Macron n’est pas socialiste. Emmanuel Macron n’est pas de droite. Emmanuel Macron est « En Marche ». En marche pour un social-libéralisme qui veut moderniser la France, qui veut la rendre compétitive et attrayante aux yeux des entreprises, pour rétablir la courbe du chômage. En marche pour un social-libéralisme qui veut, malgré cela, ne pas oublier les Français, et les intégrer à son grand projet économique, et leur redonner la parole. En marche, enfin, pour révolutionner, comme il l’a illustré avec son livre, un système qu’il juge désuet, un système qui passe par l’ouverture au monde.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur Emmanuel Macron et son mouvement « En Marche! », rendez-vous sur son site officiel ou sur sa chaîne Youtube.