Comment devenir pauvre ?

Les jours, les semaines, les mois passent, et vous vous êtes intégrés à cette si belle université qu’est Lyon 2. Mieux, vous êtes parvenus à vous dégotter un job de laveur d’urinoirs à temps partiel qui vous permet de vivre un peu plus confortablement. Toutefois, il arrive qu’une douce nostalgie vous saisisse: celle du bon vieux temps, où tout n’était pas aussi facile, et où le compte en banque à découvert était votre religion. 

Quelle belle époque. Vous donneriez tout pour revivre tout cela, n’est-ce pas ? Ah ! Le stress au quotidien, la chambre de 9m² et ses douces punaises de lit pour vous tenir compagnie…  

Ne bougez pas ! Heureusement pour vous, la Giclée vous propose quelques tuyaux pour redécouvrir les joies du prolétariat. 

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D’authentiques prolétaires (crédits: SIMLAND)

 

1. Quittez votre travail

De toute façon, est-ce que vous comptiez vraiment récurer des chiottes toute votre vie ? Il y a un moment où il faut savoir s’arrêter. Et puis, travailler, c’est se soumettre au capital, c’est travestir son temps pour de l’argent, argent qui vous est désormais inutile si vous voulez retrouver une bonne vieille chambre précaire avec de l’amiante au plafond.

2. Privilégiez les sarouels et le tabac à rouler

Parce que la clé pour redevenir pauvre, c’est de ressembler à un pauvre. Brûlez donc ces fringues de bobo que vous ne mettez de toute façon jamais, et optez pour un bon vieux sarouel des familles, celui avec des couleurs ignobles et des motifs moches. Ça fonctionne également avec les dreads, qui présentent cependant le désavantage de vous faire économiser l’eau de vos douches devenues mensuelles.

3. Pariez votre PEL sur le sacre du SCO d’Angers

Club de football respectable, le SCO d’Angers a néanmoins des chances très réduites d’être sacré champion de France cette année. Alors, si vos économies sont telles que vous ne parvenez pas à les dilapider grâce aux conseils suivants, ne prenez pas de risque, et posez votre PEL sur Winamax. Sur un malentendu, vous pourriez même devenir milliardaire.

4. Trouvez une copine/un copain/un labrador (on ne juge pas)

Même si on doute que les Frolic de Gribouille parviennent à elles seules à couler votre compte en banque, les sorties au restaurant, au cinéma et à l’accrobranche avec un(e) conjoint(e) y arriveront à coup sûr. Pour devenir un prolétaire en quelques jours, n’hésitez pas à miser sur un voyage à l’étranger, comprenant un trajet en avion avec plusieurs escales.

5. Allez vous torcher rue Sainte-Catherine, 3 à 5 fois par semaine

Attention, car ici la posologie est variable. Nous vous conseillons 4 sorties par semaine, de préférence les jours sans happy hour. Pintes de blanche ou shots pimentés, faites-vous plaisir, et surtout, n’hésitez pas à payer votre tournée (au bar entier, oui).

6. Passez votre permis

Finis les longs voyages en Blablacar avec Michel, 56 ans, qui vous parle de ses trois épagneuls bretons en posant sa main sur votre cuisse. Prenez les choses en main et inscrivez-vous dans l’auto-école la plus chère de votre quartier, histoire d’être sûr que vous déboursiez deux-mille euros d’un coup. Si vous vous débrouillez bien, vous pouvez même essayer de gratter une vingtaine d’heures de conduite supplémentaires (à 53€ de l’heure, bien évidemment).

7. Faites confiance à cet homme

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Maître Piccolo, « grand génie » incompris.

Vous vous êtes toujours méfiés de la Sécurité Sociale, et en plus ces branquignoles mettent tout le temps trois semaines avant de vous rembourser vos frais de santé. Alors que là, Maître Piccolo semble être le remède évident à tous vos maux, et vous permettra enfin de résoudre vos problèmes d’impuissance sexuelle qui déçoivent tant Marie-Joséphine.

8. Souscrivez à un abonnement TCL

On a beau dire, 30 euros par mois pour se retrouver coincé entre les aisselles de Jean-Frédéric, carreleur, et l’haleine fétide de Marc-Henri, retraité, ce n’est tout de même pas piqué des hannetons. Et puis, ça vous permettra de vous justifier de ne jamais utiliser le vélo tout neuf qu’on vous a offert pour Noël. Bande de feignasses.

9. Louez de préférence dans une résidence universitaire

Pour renouer avec une authentique atmosphère « cagibi de prolo », nul besoin de claquer ses économies dans un vol Lyon-Bratislava. Les douces traces de moisissure au plafond, le linoléum défoncé et les coupures intempestives d’eau et d’Internet des résidences universitaires vous rendront une meilleure ambiance, pour moins cher, et les sympathiques petits cafards qui rampent dans votre baignoire pourront combler l’absence déchirante causée par votre rupture avec Marie-Joséphine (probablement exaspérée par vos problèmes d’impuissance que Maître Piccolo n’aura mystérieusement pas résolu, et ce malgré les 3’000€ que vous lui avez adressé par Paypal).

10. Achetez un kilo de coquillettes de marque « Tous les jours »

Vous voyez parfaitement de quoi je parle: ces paquets blancs, souvent vendus en grosse quantité, dont les prix attirent bien souvent votre œil en supermarché. Des paquets qui auront bien tôt fait de vous tirailler entre la tentation de produits bon marché et la méfiance quant à ces coquillettes industrielles dont la composition paraît encore moins digne de confiance que celle du café des communistes. Eh bien n’hésitez plus, et placez-vous une bonne fois pour toutes du côté prolo de la Force: celui où ne fout plus rien, où on bouffe mal, parce qu’on n’a plus d’argent. Un constat qui nous ferait volontiers l’appeler, d’ailleurs, le côté étudiant de la Force. Tout simplement.