Le football va-t-il éclipser le débat présidentiel à Lyon ?

                Au premier abord, la soirée de ce mercredi 3 mai paraît être le moment d’un énorme dilemme. Débat d’entre-deux tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ? Demi-finales de Champions League ou d’Europa League avec AS Monaco – Juventus de Turin et Ajax Amsterdam – Olympique Lyonnais ? Dans la tête des lyonnais, le choix semble pourtant plutôt évident.

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Le plateau sur lequel débattront, ce soir, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. (crédits: lemonde.fr)

                Tout commence effectivement à la Part-Dieu, où nous cherchons un bar, un restaurant – en bref, n’importe quel lieu où coulent victuailles et boissons – à même de retransmettre le débat d’entre-deux tours de la soirée, afin d’en savoir plus sur l’avis des lyonnais. Après tout, il s’agit d’un débat unique, décisif pour les résultats du second tour, un débat qui peut rassembler ou diviser, parfois sur une simple faute d’un candidat ou, au contraire, sur un trait d’esprit. Il apparaît cependant très vite qu’aucun bar, qu’aucun restaurant ou qu’aucun lieu de la sorte ne pense diffuser le match que l’on aurait pu penser le plus important pour la France : En Marche contre le Front National. Karim, barman dans un pub du cours Lafayette, explique ce choix : « C’est dans l’air, les gens n’ont pas forcément envie de regarder un débat, surtout avec Lyon qui va aussi loin dans une compétition sportive de cette ampleur. Ou alors, s’ils veulent le regarder, ils restent généralement chez eux. »

                Loin de désespérer, nous nous mettons en quête de passants prêts à nous accorder un bref entretien, et surtout, prêts à discuter de la finale présidentielle de ce soir. Mais là encore, entre refus de réponse et intérêts très pauvres pour le sujet, nous sommes forcés de constater que le barman interrogé plutôt était dans le vrai. Sur une trentaine de personnes, une poignée pense qu’il regardera peut-être le débat, tandis que dans le même temps certains ont appris par notre bouche que la soirée ne serait pas animée que par des demi-finales. A Bellecour, même combat: entre haussements d’épaules et réponses approximatives, les lyonnais ne laissent pas paraître leur enthousiasme à l’idée de suivre le débat d’entre-deux-tours. Intrigués, nous interrogeons Carl, qui affiche clairement sa préférence pour l’affiche d’Europa League aux dépens de celle du second tour : « J’ai voté au premier tour, j’irai voter au second tour, mais le débat… Ça ne m’intéresse pas vraiment. En tout cas, je ne pense pas que ce soit le plus important. » Avant d’ajouter, quelques secondes plus tard : « Je m’y intéresserai de loin, comme toute l’actualité autour des élections. Mais de là à regarder le débat, non. On est déjà trop gavés par les médias tous les jours. »

                Si dilemme il y a, les lyonnais ne se sentent pas concernés, ou alors optent vite pour un choix : celui d’Ajax Amsterdam – Olympique Lyonnais, ou dans une moindre mesure, celui d’AS Monaco – Juventus de Turin. Celui du sport, aux dépens de la politique. Une preuve supplémentaire, s’il en fallait encore, du désintérêt grandissant des lyonnais – pour ne pas globaliser jusqu’aux français – pour la politique, toutes réserves faites du peu de personnes interrogées. On pourra toujours nuancer notre propos en remettant en question l’importance de ce débat, et à quel point l’attention portée au sport ce soir diminuera son influence. On pourra, également, se figurer que dans des villes ou dans des campagnes moins concernées par les équipes en lice ce soir, le débat occupe certainement davantage les esprits. On pourra, enfin, accorder de l’indulgence à ceux qui préfèrent ne pas rater le prochain doublé de Kylian Mbappé, plutôt que de regarder, pendant quelques heures, deux candidats qui s’écharpent sur des sujets qui ne les intéressent pas vraiment.

          On parle parfois du sport comme de « l’opium du peuple », comme d’une distraction – futile ou non, cela dépend du ressenti de chacun – et ce dilemme, aujourd’hui, qui n’en est finalement pas un, confirme certainement cette idée désuète. Une idée qui figurerait tristement que les lyonnais, que les français, par diverses raisons – qui peuvent aller de la simple déception à la trahison par un candidat pour lequel ils avaient voté – se détachent peu à peu de la politique, en se tournant obstinément vers des matchs de football, pendant que, derrière eux, le jeu des chaises musicales de la politique poursuit son cours. Une idée, finalement, que l’on ne pourra nuancer qu’en prenant pour exemples ces quelques lyonnais, dont Carl, qui admettaient ne pas suivre le débat d’entre-deux-tours au profit du match de l’Olympique Lyonnais, tout en assurant s’être intéressés, et continuer de s’intéresser aux péripéties politiques de la France.