Volutes

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Des millions d’orchidées qui défilent sur les murs comme des éclats de verre

Un écho primaire qui traverse l’atmosphère

Une place, qui explose

Un musée

Une ruine fleurie, une tombe écrasée sous les décombres

Un battement de paupières, un sursaut sous les piques du soleil

Le vent empoisonné qui caresse des cimes de béton

La fièvre des nuages à l’horizon

Un pincement au cœur, un doute, un sursis

Un sourcillement

Le néant, un astre qui explose

Un météore glacé qui pénètre dans le champ de nos possibles

L’entretemps inexistant de nos conversations oubliées

La triste infortune de celles qui ne verront pas le jour

L’absence des mots, des lettres au bout des doigts

Un toit sous l’orage, un grenier grinçant

L’étang tari des idéaux

Une plume qui scintille et ruisselle

Des mots terrassés par une crise cardiaque

Les lourds brouillards de leur indifférence

Une fenêtre obstruée par des barreaux bleu ciel

Une bulle d’acide crevée par l’évidence

Le pouls froid du cadavre de nos succès

Un cheval de fer qui rumine sur l’avenue

Une nuit plate, un sommeil latent derrière les lampadaires

Une rue sinistre, sans un bruit

La voix silencieuse d’un démon

Un déguisement de verre

Une vitre teintée

Un scaphandre, crucifié à une poutre précaire

L’éclair des vices, l’ennui des vertus

Une lune, blafarde

Un océan de palabres inconscientes

Une barque solitaire et nue qui glisse sur les printemps

Une rame, abandonnée

Des portes qui se ferment en agonisant

Une foule dans le désert

Le gémissement d’un enfant égaré dans la jungle

Une petite chambre douillette

La nostalgie d’un foyer à demi-rêvé

Un chien, doux, bondissant

Un homme épuisé, gisant sur un matelas de fortune

Un cœur de pierre érodé par la foudre, tétanisé par l’éternité

Une brume de tabac

Un suicide lent, inconscient

Des cernes qui louchent sur les cendres

Des phrases qui s’échappent, des volutes de papier

Une insomnie

Un lac, chaud, familier

Elle et eux s’embrassent, sur l’autre rive

Des corps brûlants qui s’enlacent

Une myriade de lampions qui se noient dans l’humeur délétère des remous

L’esquisse d’un cauchemar onirique

Un chevalet au bord du précipice

Un papillon de musique posé sur des chardons

Des néons sales au cliquetis poussiéreux

Des ténèbres grasses et dégoulinantes

Une noyade

De l’alcool qui suinte sous nos vêtements

Un monolithe blanc ancré au creux des rêves

Une truite, aphone

Des millions de secondes qui éclatent sur nos têtes

Une horloge, une tumeur inconnue, fatale

L’amour, halluciné

L’ardeur des tentations, la candeur des conversations

Les courbes invisibles du sable qui s’écoule

Les regrets de nos vies antérieures

Une barbe de lierre qui dévore le menton d’une statue

Un fleuriste mangé par ses roses blanches

Un ongle cassé par un rubis

Un texte grignoté, balbutié

Un réflexe

L’amertume d’un soir déchu

Une rivière grise, des rapides rocheux, qui s’estompent

Le cadre d’un paysage incandescent

Un briquet, une flamme, un geyser

Une obstination

Des images.