SNCF : la jouissance des petites bourses

Les dernières années ont vu apparaître une baisse irréfutable du prix des tarifs du billet de Première Classe dans les Intercités et les Trains à Grande Vitesse – ou une hausse des prix de Seconde, vous pouvez aussi le voir comme ça, mais cela n’irait pas dans le sens de cet article et rendrait vain toute suite à son ouverture – permettant quelquefois à un simple étudiant, voire à un chômeur, de s’offrir les commodités supérieures des wagons de Première Classe.

Avant que de débuter notre investigation, il faudrait expliquer aux jeunes étudiants sans le sou que vous êtes peut-être, ou aux curieux gicleurs qui suivent notre actualité parfois désertique, ce qu’est cette fameuse 1ère Classe, dans une société « égalitaire » comme il se doit. Sachez avant tout que tout est plus large, les fauteuils, les porte-bagages, les budgets, et les porte-feuilles. En quelques mots, il s’agit de wagons avec 20 places de moins, donc plus d’espace pour vos petites jambes, avec des prises électriques individuelles avec lesquelles vous pouvez recharger votre smartphone pour vous connecter au site de la Giclée.

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Des fauteuilshttp://www.seat61.com

Si les phénomènes tarifaires récents ont une qualité attractive pour les petites bourses, il nous est venu en rédaction une interrogation qui peut paraître bête mais qui ne l’est pas tant que ça : et les grosses bourses ?

Habillés en costume-cravate, nous nous sommes fondus dans un wagon de Première Classe, autour de deux personnes visuellement fortunées, diamant rouge à l’index pour l’un, manteau en daim pour l’autre. Après avoir réussi à tuer le silence au bout de quelques dizaines de minutes, l’homme a commencé à être bavard, mais s’est montré clair et érudit.

Jean-Étienne, de son prénom, usager régulier du TGV Paris-Marseille Saint-Charles, s’insurge (en chuchotant) : « Dans quel monde vivons-nous ? Nous trainons avec des paysans, des gens-sans-terre ! », évoquant par la suite un de ses ancêtres qui avait du faire un trajet en carrosse avec des « romanichels fantaisistes » qui lui avait refilé la petite vérole, fatale pour sa fragile santé. Après plusieurs plaintes et un procès au tribunal du 8ème Arrondissement (encore en cours mais plutôt en bonne voie), Jean-Étienne a fini par médiatiser l’affaire « au nom de toutes ses relations ». Il espère ainsi que la compagnie ferroviaire française lui dédommagera promptement ses trajets de la dernière dizaine d’années pendant laquelle il a fréquenté deux fois par semaine les rails, avec, nous dit-il, « une prime supplémentaire de précarité assistée ». Il affirme en effet souffrir de ces incommodités ferroviaires tant olfactivement que viscéralement.

Sa femme, Marguerite, assise à ses côtés, coquette mais mûrie, semble pour autant contente du nouveau flux des wagons supérieurs, affirmant qu’« une telle croissance exotique n’est pas déplaisante ». Pour elle, cela permet de constater « où en est le Peuple », et d’égayer ses trajets « devant le spectacle des ouvriers émerveillés par un tel confort ».

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Une courbe pour illustrer – chassimages.com

Les agences de sondage sur le sujet nous éclairent avec panache sur ce nouveau phénomène sociologique : il y a 20% de masse populaire en plus dans les wagons de Première Classe, et 36% de riches en moins qu’il y a 10 ans. Qu’en déduire, c’est une question que nous avons posé à notre spécialiste en la matière, Gilles Brou de la Frasque, rallié à un institut dont il veut taire le nom : « Cette vague de pauvres, que dis-je, de ‘sans dents‘ dans la majorité des wagons supérieurs nous amène à repenser totalement la société. On tend vers une égalisation, que dis-je, une vulgarisation, de tous les privilèges des classes supérieures, cela est clair, mais si l’on va plus loin, on s’aperçoit que cela nous fait perdre le sens des choses : regardez par exemple ces individus en jean au milieu des hôtels particuliers, regardez, pour en revenir au sujet, ces ménages inférieurs en baskets dans ces wagons raffinés… La question que nous nous posons aujourd’hui, à la vue des sondages sociologiques, est celle-ci : trouvera-t-on un jour des trains exclusivement populaires ? Que deviendront les riches ? Et surtout, auront-ils encore des moyens de transports à leur portée ? »

A l’heure où nous terminons cet article, aucune réponse n’avait été apportée à toutes ces interrogations.