Le 8 décembre: c’était mieux avant?

La fête des lumières. Ce grand événement qui pour beaucoup de lyonnais est un moment phare de l’année, annonçant les festivités hivernales. Ce festival illuminant la capitale des Gaules se rattache à la célébration traditionnelle du 8 décembre. Et ce n’est pas rien, non c’est le quatrième plus grand rassemblement mondial en termes de fréquentation. Alors oui c’est magnifique de voir toutes les façades illuminées mais c’est surtout et avant tout, quatre jours horribles pour les personnes haïssant la foule et le monde.

Si tu n’es pas lyonnais ou que tu vis dans une grotte depuis ta naissance, voici de manière très résumée l’histoire de la fête des lumières. C’est avant toute chose une tradition venant du Moyen-Age pour remercier la Vierge d’avoir épargner Lyon des ravages de la peste. Au départ, la célébration a lieu le 8 septembre mais pour des raisons météorologiques et religieuses, on reporte au 8 décembre. Toujours pour des raisons météorologiques, la fête est presque annulée mais les lyonnais ne baissent pas les bras et décorent leurs fenêtres de petits lampions colorés pour honorer l’arrivée de la nouvelle statue de la Sainte Vierge à Fourvière. Cette tradition n’a cessé depuis 1854 mais ce n’est qu’en 1989 que la fête s’accompagne de scénographies lumineuses de certains monuments de la ville.

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La magnifique affiche qui depuis de nombreuses années déjà envahie la ville début décembre

C’est donc deux ans avant l’arrivée de notre Gégé national (désormais ministre de l’intérieur), avec Raymond Barre, maire de Lyon, que la fête devient plus importante, les financements sont meilleurs et les festivités s’étendent sur quatre jours. Parce qu’elle est magnifique, cette fête devient de plus en plus populaire et les lyonnais ne peuvent être que fiers de voir des gens du monde entier venir pour admirer cette si belle ville traversée par le Rhône et la Saône. Lorsque mes petites jambes avaient encore du mal à marcher trop longtemps, mes parents me promenaient sans soucis en poussette dans les rues de la ville pendant les célébrations, ce qui aujourd’hui s’apparenterait à du suicide. Les rues sont bondées par les touristes venus des quatre coins de la France ou même du monde pour entre-apercevoir un morceau de la façade de la cathédrale St Jean enflammée.

Lyonnaise depuis toujours, les souvenirs qui sont liés à la fête des lumières sont pour la majorité tendres. L’image que j’ai de cette fête est sans doute très différente de celle de quiconque en aurait fait l’expérience lors de ces cinq dernières années. Je me souviens avec douceur de la préparation des lumignons éclairant chaque fenêtre de l’appartement, une tradition respectée alors par un nombre beaucoup plus important de lyonnais. Mes yeux illuminés lorsque je découvrais les projections sur les bâtiments de la ville, de l’immeuble au coin de ma rue à la façade des Célestins. Les expositions de quartier qui permettaient à mes parents de nous en faire profiter sans avoir peur de nous perdre place Bellecour mais aussi beaucoup plus interactives. L’odeur des marrons chauds et du vin chaud vendus par des particuliers en bas de leurs immeubles. Les père-noëls verts du secours populaire déambulant au milieu des lyonnais. C’est avant tout ces choses là qui me venaient à l’esprit lorsque je pensais au 8 décembre mais cela a bien changé.

Les moyens sont devenus de plus en plus gros et à mon plus grand regret, les petits projets de plus en plus rares. Tout devient spectaculaire et doit déclencher les réactions les plus franches, dès le premier soir le mot circule sur LA scénographie de l’année. Si vous avez un logement sur Lyon, vous allez sans doute recevoir un coup de fil de la famille ou d’amis qui vous prendront pour un hôtel pour vous rendre visite pendant la fête des Lumières. Alors ça peut être sympa mais non seulement votre salon/studio de 18m2 se transforme en camping mais le centre-ville est bondé, il est donc presque impossible d’être tranquille. Plusieurs millions de personnes affluent au pays du bouchon. Pour les personnes qui n’apprécient pas les bains de foules c’est une vraie torture.

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Le Parc de la Tête d’Or en 2010

Aujourd’hui, une file est organisée pour pouvoir assister au spectacle sur la place des Terreaux et il faut prévoir plusieurs heures pour avoir une chance d’admirer les illuminations de la presqu’île. Cela en devient presque absurde. Mais on ne va pas faire que se plaindre, s’il y a autant de monde c’est que cela en vaut la peine. Si on oubliera le fiasco de la place des Terreaux avec sa boule à facette qui n’aura jamais marché, on ne pourra nier la beauté du Parc de la Tête d’Or enflammé en 2010. Chaque année est ponctuée d’échecs et de réussites. Même si je ne sors plus que très rarement à cette occasion, mon cœur lyonnais fut dévasté en apprenant l’annulation de l’événement il y a deux ans. Si vous souhaitez profiter de la fête sans trop souffrir voici mes quelques conseils. Une répétition a lieu le jour avant le début officiel des festivités, même si vous ne profiterez pas de tout, vous pourrez apercevoir les essais sans trop de monde. Préférez toujours le jeudi et dimanche, jours où les touristes sont moins nombreux et la majorité des enfants dans leurs lits. Enfin faites des choix judicieux, évitez de faire Parc de la tête d’or, place Carnot et place Ambroise Courtois dans la même soirée. Le bouche à oreille vous permettra de savoir ce qui vous correspond le plus. De toute manière il semblerait que pour des raisons (compréhensibles) de sécurité, les évènements soient limités à la presqu’île cette année encore. Nous éloignant encore un peu plus des animations de proximité…

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N’oubliez pas vos lumignons au bord de la fenêtre (le 8 décembre au soir uniquement)

Entre les papillotes et les quenelles, le 8 décembre restera à jamais un des plus grandes fiertés de la ville de Lyon. Alors même si pour certains elle a perdu de son charme, elle ne garde pas moins sa beauté et surtout son aura magique. Alors que vous décidiez de braver le froid et la foule où que préfériez rester chez vous à réviser (ou pas), s’il vous plait n’oubliez pas de mettre un petit lumignon le soir du 8 décembre à votre fenêtre pour faire briller les yeux des enfants (et grands) qui passeront dans votre rue. Parce que c’est avant tout le 8 décembre et ses lumignons de couleurs qui font briller l’âme de la ville.