Choc culturel: Back To Lyon

La semaine de la mobilité est déjà derrière nous et bientôt, nombreux seront les étudiants caressant l’espoir de profiter d’un échange universitaire pour l’année universitaire 2018-2019. En effet, les raisons qui poussent à ce choix sont nombreux : possibilité d’étudier dans une université différente, parfois de renom, dans un pays différent avec sa propre culture et bien entendu les fameuses soirées Erasmus etc. Les points positifs sont nombreux et je ne doute pas que les réunions d’informations et les témoignages abondants vous aideront à faire votre choix. Néanmoins il y a aussi les inconvénients, le coût de la vie (correspondant bien évidemment à la destination comme tout autre point mentionné), l’éloignement et surtout : le choc culturel.

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Mes deux ans à l’étranger auront été la plus belle expérience de ma vie jusqu’à aujourd’hui

Fraichement revenue d’une année Erasmus à Dublin et d’un an d’assistanat à Londres, j’avais envie de vous faire partager mon expérience, non pas de ma vie sur ces très jolies îles, mais du choc culturel auquel j’ai dû faire face à mon retour. Parce que oui, il existe et il est encore très fort.

Chaque expérience est unique, mais je préfère quand même le préciser (surtout pour toi qui lit cet article pendant ton CM, à moitié – ou pas du tout- concentré). Beaucoup nous dirons que l’on apprend énormément sur soi-même en partant vivre à l’étranger, peut-être même plus que sur la culture dans laquelle vous atterrissez et je ne peux que partager cet avis. Je n’ai jamais été aussi fière d’être française qu’en étant dans un autre pays, et pourtant… Le but n’est pas de faire de comparaison, de dire ce qui est mieux ou non mais tout simplement de faire un constat, de réaliser à quel point ces choses qui me paraissaient si normales sont devenues tout à coup différentes.

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Après tout Lyon c’est quand même plutôt pas mal

Pour commencer, j’ai été plus qu’heureuse de retrouver ma bonne petite gastronomie française. Parce que oui, les anglais ont fait des progrès et à Londres j’ai pu goûter à la cuisine du monde entier mais quand je me suis retrouvée devant une tranche de saucisson et du bon fromage sur mon pain frais (et bon), un bon (et avec un prix raisonnable) verre de rouge dans la main, j’ai eu un soupir d’extase. Parce que les bonnes choses dans la vie, sont les plus simples. Surtout que n’ayant pas droit aux délicieuses bières, cidres et autres boissons gazeuses anglo-saxonnes, mon verre de vin à 7 euros était souvent doux-amer. Il serait idiot de ne pas découvrir les spécialités culinaires de votre pays d’accueil (tendre pensée pour ma petite Guinness Pie ou mon English Breakfast de lendemain de soirée) mais en France et surtout à Lyon, on n’est pas connu pour notre mauvaise bouffe. Il n’était pas rare que ma petite personne se retrouve à faire une liste des bons petits plats que je serais plus qu’heureuse de retrouver une fois revenue en France.

Ils sont chiants ces TCL (Transport en Commun Lyonnais si jamais vous vous posiez la question), les tramways sont bondés, les bus en retard, les métro coincés et ils sont toujours en grève. Peut-être, mais quand tu dois payer £187 ton Oyster Card tous les mois pour te taper une heure de transport minimum à chaque fois que tu veux te déplacer tant la ville est grande, tu relativises assez vite en payant ton abonnement en début de mois. Parce que contrairement à Londres il n’y a pas de zones, et un seul abonnement te permet d’avoir accès à tout le réseau (on remerciera Dublin et ses 100 euros par mois pour le bus uniquement). Je ne dirais peut-être cependant pas la même chose pendant la grève même si la capitale anglaise n’était pas exempte de ce genre d’événement. Tendre pensée cependant pour les lignes de métro londoniennes (certaines uniquement), ouvertes sans interruption le vendredi et le samedi et félicitations à ceux qui ont le courage et le pouvoir d’emprunter les bus de nuit à Lyon.

On ne va pas se le cacher, les prix des loyers ont augmentés à Lyon et on regrette tous nos cinq euros d’APL qui quoi qu’on en dise étaient bien appréciés par nous autres étudiants. Mais quand tu te retrouves dans une ville où il est habituel de partager sa chambre avec une voir deux personnes pour faire face aux prix du marché, ça fait un peu peur. La petite coloc’ où on partage les frais et où on se fait des bonnes bouffes tous ensemble (sans oublier soirées d’anniversaire, crémaillères et autres petites sauteries) est très rare dans la capitale anglaise. Bien plus souvent il vous faudra débourser entre £600 et £700 pour une chambre dans une maison partagée avec de total inconnus que vous ne rencontrerez peut-être jamais, en zone 3 ou 4. Vous deviendrez un pro du Tetris dans le frigo où les denrées communes n’existent pas et où une brique de lait frais est encore présente fin mai, laissée par un colocataire des plus sympathiques parti en douce à la mi-février. Les résidences étudiantes des pays anglophone sont bien loin des appartements CROUS. Esprit de communauté, entraide, soirée organisée et cofinancé par les lieux. C’est une occasion incroyable de se faire un cercle social. En tous cas, pouvoir trouver un appartement dans le septième arrondissement pour un prix plus ou moins raisonnable ressemble moins à un épisode de fin du monde de Doctor Who que trouver un logement salubre et disponible en Angleterre.

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Photo prise le 16 avril 2017 (Je précise que ma nourriture ne se trouvait pas dans ce frigo)

Si à Londres je n’ai pas eu la chance de connaître le monde étudiant, il est plus difficile de faire des rencontres et le rythme de vie est sans doute semblable à celui de Paris, les Dublinois seront heureux de partager un moment avec vous. Loin de moi l’idée que les lyonnais ne sont pas accueillants. Mais si votre promo n’est pas dotée d’un BDE (et elles sont rares ces promos là) et que vous n’avez pas des étudiants prêts à organiser des petites soirées, il est de votre ressort de trouver des occasions pour sortir. De plus, les activités extra-universitaires sont comme le nom l’indique à trouver pour des prix souvent assez conséquent en dehors de l’université. Loin de moi l’idée de vous influencer mais la Giclée est un des rares exemples de communauté très sympathique et gratuite que vous pouvez toujours rejoindre. Trêve de plaisanterie (ou pas), les ‘societies’ sont des petites merveilles de clubs offerts par l’université et que vous pouvez rejoindre pour quelques euros par an. Nombreuses sont les activités, soirées et rencontres qui vous seront proposées. Les soirées à la française, autour d’un bon verre de vin m’avaient manqués, sans avoir besoin de se proposer pendant des heures et où l’alcool se partage à la bonne franquette. Mais la difficulté de trouver un cours de théâtre au bon horaire, pas trop loin et pas trop cher, cela ne m’avait pas manqué.

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Trinity College organise chaque année le Trinity Ball. Festival sur le campus avec cinq scènes, tenue correcte exigée, alcool et des centaines d’étudiants.

On s’attaque à un point un peu plus délicat, celui qui me fait parfois penser que je me sentais mieux de l’autre côté de la Manche, que ce soit chez les Irlandais ou les Anglais, l’ouverture d’esprit. Le choc culturel a d’abord été en Irlande. Comme bonne française que je suis, j’étais prête à m’offusquer des tenues parfois très légères de mes camarades lors de soirées étudiantes. Mais bien vite j’ai compris que le problème ne venait pas d’elles mais de moi. Parce que dans mon cher pays natal, l’indécence était l’un des plus grands crimes que l’on puisse connaitre et que l’on passait un temps assez conséquent à juger les autres plutôt qu’à se libérer soi-même. Bien vite, je me suis mise à admirer la résistance au froid de mes amies plutôt qu’à remarquer les démarcations d’auto-bronzant. Je m’autorisais à porter des tenues qui n’avaient rien de choquant outre-Manche et à m’ouvrir comme jamais auparavant. Peut importe ta couleur de cheveux, ton nombre de piercing ou de tatouage, la surface de peau couverte ou non, prend un verre avec nous et vient danser.

Le choc culturel passé en Irlande et en Angleterre, il me fallut revenir en France. Pleine de vie, cheveux violets, oreilles trouées à outrance et grand sourire aux lèvres, je ne m’étais jamais sentie aussi bien. Sauf que voilà, portant une tenue que j’avais déjà revêtu en Grande-Bretagne, je me fais cracher dessus dans le métro. S’il ne s’agissait que d’un cas isolé, je serais passé au dessus. Mais non, regards insistants de personnes de tous horizons et de tout âge. Pas seulement sur moi, sur le reste du monde. Jugement permanent d’autrui et surtout peur perpétuelle du jugement. Je le reconnais j’ai eu honte, pas de ma tenue non, mais de la mentalité dans laquelle j’avais grandit pendant tant d’années. Ici, même si cela tend (heureusement à changer), mieux vaut avoir deux masters qui ne vous serviront pas que passer deux ans dans un pays étranger à apprendre la vie et tant d’autres choses. Il y a toute la question du paraître avant même d’être.

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Mind The Gap: Entre les différences de mentalités…

J’aurais ramené de mes deux années à l’étranger des souvenirs impérissables, des cicatrices, un meilleur niveau d’anglais, une licence, un compte en banque plus léger et des changements irréversibles. Je ne regretterais jamais cette expérience et il me tarde d’en vivre des nouvelles parce que j’ai encore envie d’en apprendre sur moi et sur les autres. Mais pour l’instant je profite de tout ce que j’aime dans ma si chère France et tant pis si ça dérange quand je vais faire mes courses en pyjama Harry Potter !