Volutes II

Une chemise blanche, tachée par les néons

Un trou de mémoire

Une cigarette qui se brise dans la danse

Une paire de lèvres carmin

Leurs traces indélébiles dans le sable humide de son cou

Le regard hagard devant la parade surprise

De multiples volte-faces inopportuns à travers les sourires

L’euphorie des verres qui pleurent sur nos langues

Des yeux plissés vers le terrain mouillé

Des appels scandés vers l’herbe grasse où s’entassent les joueurs

Un cri de victoire, brut, sauvage, animal

Une célébration

Le claquement d’une langue contre un palais

Une dernière note ivre, un poing levé en l’air

Le rictus cynique d’un fossoyeur

Un œil fou qui foudroie son trophée d’un amour amer

Dix doigts qui caressent leur palmarès de chair et de sang

Elle et eux s’enlacent, sur cette rive ou sur l’autre

Un cimetière impitoyable

Un champ de bataille aphrodisiaque

Une cohorte d’épées effilées, dressées pour l’assaut imminent du sanctuaire ancestral

L’obsolescence programmée des baisers révisés cent fois

Mille squelettes photoshoppés qui s’agitent dans un cerveau pourrissant

Le printemps superficiel et nauséabond

Un selfie glané sous les effluves de leurs haleines répugnantes

Une cuisse ruisselante de sueur

La cascade bleutée d’un projecteur sur le mascara

Une star de cinéma sur le tapis rouge

Un clin d’œil appuyé

Le flash répété d’une tempête d’admiration

Une reine troyenne devant son empire divisée

Un reflet enthousiaste sur l’écran vide du téléphone

L’assaut sempiternel des vagues de courtisans contre le récif de son corps

Un palmier artificiel dans l’œil du cyclone

L’écume rageuse qui bave dans son feuillage

L’océan bredouille

La forêt intacte

Elle s’enlace, sur cette rive

Ou sur l’autre

Un soupçon d’espoir inachevé

Une aiguille pressée de dépasser sa cadette

Un navire effarouché par la pluie salée

La paranoïa du brouillard matinal

Un port impossible à atteindre

La nage suicidaire d’un matelot saoul

Le rêve inoubliable d’un poing à son tour brandi vers les étoiles

L’aube violette, déjà

Deux tombeaux sous les paupières

L’esquisse d’un visage à demi-oublié

La galerie vide d’un musée de souvenirs

La nausée honteuse d’une rangée d’échecs

Les boucles blondes familières d’un compromis trop contraignant

Le poids des promesses face à la volupté d’une ambition brûlante

Mille plans stériles échafaudés près du cercueil de la dignité

La solitude d’après la folie et l’atterrissage violent sur le tarmac de la réalité

Des bribes de phrases qui s’immiscent dans un esprit malade

Des chimères qui agonisent dans le recoin sombre d’une âme

Les volutes coutumières qui se hasardent dans la nuit

Les images, qui restent, encore

Une lueur de force créatrice, assez vive pour saigner sur le papier

Une résolution parfaite

Éphémère

L’abandon, forcé et définitif

De cette rive ou de l’autre

 

 

Vous pouvez retrouver le premier volet de « Volutes » ici.

(Re)découvrez les textes de Soma ici.