PARTY (too) HARD : Climax de Gaspar

Toi et le cinéma, c’est une grande histoire d’amour. Fincher, Spielberg, Nolan, Kubrick, ou même Coppola, tu penses tous les connaitre. Mais le cinéma français et toi, c’est une autre histoire. Marre des comédies à la con écrite par Franck Dubosc, des Césars remis à Kev’Adams pour son interprétation de Boulard dans Les Profs (ce n’est pas vrai, je te rassure), et apparemment, la Nouvelle Vague, Godard, Truffaut, tout ça, c’est chiant d’après ton meilleur pote depuis le CP. Et puis des fois, tu regardes des films de Winding Refn, comme Drive ou The Neon Demon, et tu te demandes si un jour le cinéma français aura les couilles de faire des films aussi subversifs. Et pourtant, tu viens de rater la sortie d’une œuvre qui, tel Eric Judor en génie dans Les Nouvelles Aventures d’Aladdin, réalise ton souhait : un film français et fier de l’être, Climax de Gaspar Noé.

Pour le présenter rapidement, Gaspar Noé est un réalisateur italo-argentin, qui s’est installé en France dans les années 90 et qui est auteur de cinq films à ce jour : le méconnu Seul contre tous, le traumatisant Irréversible, le trip sous LSD Enter the Void et le porno-artistique tourné en 3D Love. Son second film est célèbre pour sa narration inversée, et surtout pour avoir choqué le public du festival de Cannes en 2002, à l’aide d’un meurtre à coup d’extincteur, et d’une scène de viol sur Monica Bellucci, icône de beauté à l’époque, le tout filmé sans aucune censure et sans aucune coupe. Le film a déchaîné les passions : il est adoré par certains, qui y voit une pierre angulaire du cinéma de genre français actuel, et absolument détesté par d’autres, qui décrient la violence interne du film. Ses films étant tous assez subversifs (entre le trip sous LSD de 2h40 et le porno en 3D, on est bien loin de La Famille Bélier), le réalisateur a pris par le temps la réputation d’un artiste choquant et détesté, réputation avec laquelle il a joué lors de la présentation à Cannes de son nouveau film. En effet, il était possible de lire sur le poster de Climax « You despised I Stand Alone, You hated IRREVERSIBLE, You loathed Enter the Void, You cursed Love. Now try Climax ».

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Le passage sous-terrain, plan iconique d’Irréversible.

Et alors, qu’en est-il de Climax ? Si c’est une bonne porte d’entrée dans la filmographie de Noé, utilisant différents aspects de son style soit une maîtrise des plans-séquences, des mouvements de caméra si irréels qu’ils en paraissent fantomatiques, ou encore un traitement assez débridé de la sexualité, présente aussi bien dans les dialogues qu’à l’écran ; il faut avouer que pèpère se regarde un peu le nombril dans la deuxième partie de son film. Pour résumer rapidement, le long-métrage peut se découper en deux de manière évidente, la première offrant une certaine stabilité au spectateur, et la seconde glissant petit à petit dans une forme d’horreur à la Noé, quand les personnages perdent peu à peu le sens des réalités suite à la prise commune et non-consentante d’une drogue. Et cette seconde partie, si on connait Irréversible (et probablement Enter The Void, film que je n’ai pas encore vu à l’heure où j’écris cette critique), et bien, on a l’impression de l’avoir déjà vu. Violence crue, mouvements de caméra irréels, personnages complétement aliénés, bref, tout ce dont le réalisateur nous a déjà habitué, et qu’il fait très bien, il faut l’avouer. Toutefois, malgré la création d’images très belles et marquantes par son traitement particulier de la caméra, cette impression de déjà-vu rend les scènes finales vraiment longues. On notera aussi que le film commence par sa fin et son générique, comme dans Irréversible, ce qui augmente l’impression de symétrie entre les deux films. Et c’est d’autant plus dommageable que le réalisateur se réinvente bien dans la première partie de son œuvre.

Climax est particulièrement marquant dans sa première moitié par son traitement de la danse. Le premier plan-séquence du film commence par une longue chorégraphie de la part de l’ensemble de la troupe de danseurs, durant laquelle la caméra va souvent changer d’angle, pour se rapprocher ou à l’inverse s’éloigner des différents acteurs, mouvements qui vont sembler accentuer la transformation des corps par la danse. Une autre séquence, filmé en plan zénithal (c’est-à-dire de dessus), va, par ce point de vue inhabituel, appuyer cette idée de transformation des corps par la danse, les mouvements rapides et irréels des danseurs soulignant leur organicité. On est totalement à l’opposé d’une séquence à la La La Land, où la danse est belle, magnifique mais reste essentiellement un spectacle. Ici, on est dans quelque chose plus de l’ordre de la transe, du rituel.

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Quand la danse laisse petit à petit place à l’ébriété.

Climax a en lui d’autres surprises, comme la présence au casting de Sofia Boutella, actrice plutôt habitué des blockbusters américains (Kingsman, Atomic Blonde, La Momie…), qui prouve son talent dans un rôle à l’opposé de ce dont elle l’habitude (qui plus est dans une production à petit budget), mais toutes les citer ruinerait la découverte du film. Si tu ne connais pas l’œuvre de Noé, le côté plus « soft » de ce long-métrage permet une entrée plus en douceur dans sa filmographie qu’Irréversible. Mais attention, le cinéma de Gaspar Noé n’est pas à mettre en toutes les mains, j’en veux pour preuve ma voisine de séance qui a terminé le film en larmes, qualifiant l’expérience « d’horrible ». Les habitués, quant à eux, y trouveront leur compte, surtout s’ils ne sont pas gênés par l’impression de répétition dans la filmographie de réalisateur. A toi de voir maintenant si tu veux risquer de faire partie des « traumatisés »…