Un été avec Becky Albertalli

Avec la parution de son troisième roman, l’adaptation cinématographique de son premier et la sortie prochaine de sa nouvelle oeuvre en collaboration avec Adam Silvera le 9 octobre prochain, l’année 2018 a été très riche pour l’autrice américaine Becky Albertalli. Les trames de ses romans sont toutes reliées. Ceux-ci, qui ont été de grands succès en libraire, font partie de la catégorie Young Adult et sont encensés pour la représentation des minorités dont ils font preuve. Voilà pourquoi j’ai décidé de passer une partie de mon été avec elle, ou en tous cas, avec son oeuvre. 

Quelle est la marque de fabrique de Becky Albertalli ? Une histoire simple, de la romance, des ados qui se cherchent, des mails ou des SMS inclus dans le texte… Rien de particulièrement original dans le monde du Young Adult. Le Young Adult, ce n’est pas uniquement un film avec Charlize Theron, c’est aussi un genre littéraire destiné à une certaine catégorie de la population et qui a fait le bonheur des tiroirs-caisses des maisons d’éditions ces dernières années. Le Young Adult, c’est une littérature qui s’adresse tout d’abord aux jeunes adultes, pas uniquement pour les (jeunes) adolescent.e.s et qui aborde donc des thèmes qui permettent de s’adresser en priorité à ce public. Marketing ou pas, l’émergence de ce genre à permis à beaucoup d’adolescent.e.s (et plus grand.e.s) de trouver une parole qui leur était directement destinée sans pour autant toujours être de mauvaise qualité. Becky Albertalli s’inscrit donc dans la veine de Rainbow Rowell ou John Green en choisissant le « contemporary » pour son univers. Mais là où elle fait la différence, c’est avec ses personnages hors du commun, sans super-pouvoirs certes mais noir.e.s, gays et lesbiennes, sportif.ve.s ou bien gros.se.s. Des personnages tout à fait réel.lees mais malheureusement si rares. Le mot d’ordre de cet ensemble littéraire semble être: l’inclusion.

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Entre récits et échanges de mails…  (Simon vs. the Homo Sapiens Agenda)

 

Son premier roman , Simon vs. the Homo Sapiens Agenda (Moi, Simon, 16 ans, Homo sapiens en français) sorti en 2015 raconte l’histoire de Simon Spier, un adolescent américain qui aime passer du temps avec ses ami.e.s, avec son chien Bieber et entretient un échange virtuel avec un garçon nommé Blue. Blue est la seule personne à connaitre l’orientation sexuelle de Simon et avec qui ce dernier en parle. Tout au long du roman, ils partagent leurs expériences, leurs doutes et leur premier amour sans pour autant connaitre la véritable identité de leur interlocuteur. Quelqu’un tombe sur ces échanges et souhaite faire chanter Simon. Si ce pan de l’histoire est très largement exploité dans le film, il reste presque au second plan dans l’oeuvre originale. Le talent de Albertalli se trouve dans sa manière de nous raconter une histoire d’amour unique, parfois presque banale,  sans utiliser l’homosexualité de son héros comme sa seule définition. Simon est gay, et il se demande pourquoi il est dans l’obligation de devoir faire un coming-out alors que cela n’est pas les cas des hétérosexuel.le.s, et pourquoi sa sexualité devrait être exposée et pas celle des autres mais ce n’est qu’une partie de lui. Simon est un adolescent en plein questionnement et le roman prend en compte la globalité de cette période de la vie avec une justesse remarquable.

Son deuxième roman, The Upside Down of Unrequited (Mes Hauts, mes bas et mes coups de coeur en séries en français) est son deuxième roman et a pour cette fois à son coeur une héroïne du nom de Molly. Molly, adolescente avec des « crushs » en série attend avec impatience son premier amour. Encore une fois, l’autrice ne compose pas une histoire des plus originales mais la protagoniste est grosse. Alors que Jennifer Niven en faisait le sujet principal de son roman Holding Up the Universe (parfois avec maladresse), Albertalli réussit à y donner son importance sans pour autant en réduire la pluralité de Molly. Dans ce roman, l’inclusion est parfois même au bord du « too much », Molly est également dépressive, sa soeur jumelle est lesbienne, comme leurs deux mères en pleine preparation de leur mariage, sa cousine est noire, une de ses mères est juive. Oui, mais pourquoi pas ? Pourquoi cette histoire ne serait-elle pas réaliste ? Et même si elle ne ressemble pas à la vie du plus grand nombre, elle n’empêche pas pour autant à ses lecteur.rice.s de s’y identifier. A plus de vingt ans, rarement un roman ne m’avait autant touché par sa justesse.

Ses livres, tout comme l’adaptation plutôt réussie du premier, sont avant tout des bons divertissements. Mais ils sont aussi importants par ce qu’ils accomplissent: inclure la diversité sans pour autant tomber dans le cliché ou la maladresse. Ils se lisent rapidement et avec plaisir et auront certainement un impact plus ou moins différent suivant la personne qui y fait face. Ils sont la représentation d’un phénomène qui devenait plus qu’urgent: la représentation et l’inclusion dans la littérature comme une norme et non plus une rareté.