Back to 1990’s

Magnifique ou non, le retour des années 90 frappe à nos portes. Il suffit de se promener, le regard malin, dans les foires aux portefeuilles, dans les grands centres commerciaux, pour se rendre compte qu’il plane sur nous les mélodies rebelles de Kurt Cobain. Crayon noir aux bords des yeux, cheveux au vent et look décadent à réveiller les morts, la mode replonge dans ce gouffre mythique qui avait inspiré de grands chefs-d’œuvre du cinéma. Mode, musique, le retour des années 90 est-il le même ?

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– source : look du jour

Aujourd’hui, les friperies deviennent ringardes, les grandes marques se sont appropriés le style vintage des 90’s. Si vous êtes en quête de ressembler aux Red Hot, à Pearl Jam ou encore à Metallica avec votre Boys Band, la collection d’hiver 2018 est votre créneau.

Des pièces telles que les fameux chouchous, les crop-tops, les fameuses baskets, les bombers et bien d’autres nous ramènent au creux de ces années folles et des piscines vides de la côte ouest des États-Unis. Loin des défilés, le public témoigne pour nous.

«  La nostalgie fait recette! Nike Cortez, collier ras-le-cou, lunettes rondes, DMartens, short taille haute, veste over-size, look total Denim, veste en velours, chaussure à plateforme, bas de jogging, salopette… La liste est longue ! C’est incontestable, la mode des 90’s est de retour !  La décennie des Spice Girl et Britney Spears est plus que jamais tendance cette saison ! Au plus grand regret de certain(es), pour d’autres c’est le moment de ressortir ses vieux habits (ou de piquer ceux de vos parents). Il ne nous reste plus qu’à espérer que la tendance « année 2000 » n’est pas pour de sitôt. Les années 2000, c’est l’époque de tous les possibles et surtout du pire… » – Marie-Mathilde C.-., élève de prépa.

La mode est peut-être la forme d’expression la plus visible, mais elle est aussi assez sous-estimée. Elle permet pourtant de s’affirmer en tant qu’individu unique en toutes circonstances, avec élégance, raffinement ou provocation, de manière très classique ou décalée. Bien souvent, un type de vêtement ou une marque est souvent associé à un groupe de personnes, Vans ou Volcom pour les squatters, costume cravate pour les jeunes cadres dynamiques, sans tomber dans le stéréotype. Une question se pose alors, quelle est l’influence des années 1990 sur la mode actuelle ? Théo estime que« l’influence de cette période aujourd’hui est due en partie à l’explosion de la scène rap ».

Il est vrai que les marques telles que Fila ou Le Coq Sportif sont généralement associées ou portées par des rappeurs. Par exemple, la chaussure TN de Nike qui était exclusivement portée dans la décennie 90 par les jeunes de cité, est aujourd’hui vendue dans des magasins « hype ». Mais cela n’explique pas tout. C’est vrai, il y a un certain engouement du public pour ces produits made in 90’s, mais cela ne suffit pas à expliquer ce retour fulgurant. Mais la mode est intéressante, non pas parce que l’on suit les tendances (ce qui se comprend) mais aussi en ayant le style qui nous correspond. Se sentir à l’aise, être bien sapé. On peut se permettre de passer d’un style à l’autre d’une journée à l’autre. Soyez originaux et restez classes.

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– source : France Inter

Cet éternel cycle de la mode va-t-il amener de vrais talents musicaux à monter sur scène, la rage au ventre et des textes égayant les sens ? Les grands groupes ont-ils des successeurs dignent de ce nom ? On peut se le demander, surtout en France, où les dernières Victoires de la musique se sont vues récompenser Maître Gims et Orelsan.  Ce rêve est-il toujours d’actualité ? Entre deux répétitions, un jeune musicien nous délivre ses pensées.

« Historiquement rattaché à la musique « noire » Nord-Américaine,  le rock s’affirme comme la continuité du blues et plus lointainement du gospel. Mais on -de mon point de vue- sous-estime l’importance de la musique country, musique traditionnelle des blancs, qui elle amène ou semble plus proche du Rockabilly par exemple. Le rock dans sa globalité et dans ses infinis sous-genres musicaux a marqué le siècle dernier comme étant le style majeur de cette époque, rassemblant mélomanes avertis et grand public autour de groupes gigantesques et incontournables ou d’autres plus méconnus, et qui aujourd’hui semble s’effacer notamment au profit du rap. Que reste-t-il donc aujourd’hui du Rock qui claque comme on l’aime ?

Aujourd’hui, le rock ne semble être plus que l’ombre de lui-même. Il laisse désormais la place à d’autres styles musicaux émergents. Notamment aux yeux du grand public. Car oui, il existe encore une scène rock relativement « underground » réservée à un public averti et qui parfois, il est vrai, peine à se renouveler. Pour moi, aujourd’hui, les groupes plus accessibles, plus médiatisés qui peuvent s’apparenter au rock seraient des groupes comme Tame-Impala, DiiV, the do ou encore Feu ! Chatterton ; pour ne citer qu’eux. Des descendants hybrides de groupes pop et des groupes de post-punk des années 1980-1990 comme le Gun Club ou Sonic Youth. Des ambiances planantes et expérimentales. Mais loin du punk rock -The Sex Pistols- ou rock assez agressif ou même du rock plus proche du blues comme Canned-Heat.

Il y a à mes yeux un phénomène qui n’a pas aidé le rock à rester au sommet: la « nirvanasifiaction ». Nirvana, les punks, (grunge) deviennent des icônes non pas du punk mais de l’industrie commerciale, ça finit par sonner faux.  On est « nés 40 ans trop tôt ou 40 trop tard » pour le rock ! » – Théo C., élève à la Faculté de Nancy.

Instruments et mélodies éveillant l’âme de chacun, la musique est avant tout une histoire, l’histoire de différents peuples alliés autour de mêmes intentions réunir et faire passer un message tout en travaillant sans relâche leurs mélodies cosmiques. L’extrait suivant permet d’en savoir un peu plus sur la manière dont a émergé le rock.

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Studirama

« En France, les travaux consacrés au rock s’axent autour de trois pôles : le rock comme culture de masse, comme culture de la jeunesse et comme culture populaire. 

Beaucoup de critiques ont été faites sur cette musique […] La musique rock serait le reflet de la standardisation émanant de l’industrie culturelle, touchant ainsi un public large et uniforme.  Pierre Bourdieu (sociologue) reprend cette idée en soulignant notamment que la culture populaire conduit à la passivité. Cette perspective a été critiquée par le sociologue Bertrand Ricard pour qui le rock est loin d’être synonyme d’uniformité. Cette musique contient plus de 50 styles différents.[…] 

D’influence marxiste, il fait le lien entre musique, mouvements juvéniles et histoire […] dans les années 1990, Anne-Marie Green […] analyse la musique comme outil socialisateur pour les jeunes. […] Le rock est le lieu des différentes manières d’être jeune. »     – source Musiques rock et metal : regards et perspectives des sciences humaines et sociales, Sociétés.

Cet extrait fait donc apparaître une certaine popularité du rock à partir des années 90. Peut-on donc dire que le rap a renversé le rock ? D’une certaine manière oui, puisque toute musique naît pour faire passer un message. L’histoire nous montre que cela fait généralement suite à des conflits, et que suite à plusieurs années d’évolution elle devient musique populaire tout comme le rap aujourd’hui et le rock dans les années 90. Le rock n’est pas mort pour autant et demeure aujourd’hui un outil de lutte et de distinction des individus.

Les années 90 ça sonne rock, électro, pop dans les magnétos, espérons que ce retour si incongru soit-il, puisse-t-il être favorable à nos oreilles presque sourdes de rock.

Mode, musique, ce sont les goûts et les couleurs de la jeunesse. Reflétant popularité et une image actuelle de la société, le rap vient alimenter la mode d’aujourd’hui, la replongeant dans les 90’s. Alors rien ne sert de citer cette déclaration de Coluche dans vos repas de famille,  » Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus de saloperies pour que ça ne se vende plus ! », tout cela n’est qu’un subtil reflet social.