2001, 50 ans d’Odyssée

Lors du dernier Festival Lumière à Lyon était projetée la version restaurée de 2001, l’Odyssée de l’Espace, présentée par Douglas Trumbull, le créateur des effets spéciaux du film.  L’occasion, donc, de revenir sur ce monument du cinéma qui, il y a 50 ans, a changé la science-fiction, le cinéma et même l’art en général. Voire le monde.

Un singe, un os, un vaisseau, une valse spatiale, la Lune, une intelligence artificielle, Jupiter, puis un fœtus. Et au milieu de tout ça, un monolithe, noir.

Réalisé par Stanley Kubrick en 1968, 2001, l’Odyssée de l’Espace est un film qui s’apprête dès lors à entrer dans l’Histoire. Jamais on avait vu une expérience comme celle-ci, jamais on en verra d’autres. Car avant de terminer en un trip ultime psychédélique, 2001 est avant tout un film ambitieux : des films sur l’humain il y en a des tas, mais lui est un film sur l’humanité. De par la grandeur de son ambition, Kubrick en dit l’essentiel, de cette humanité : de son commencement, en passant par son apogée, jusqu’à sa fin, puis sa résurrection.

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Impassible, le monolithe noir, source de mystère

Autre que le monolithe, c’est la condition de l’être humain qui revient tout au long du film. Un être humain qui veut toujours se dépasser lui-même : en tuant, en allant dans l’espace, en dépassant les frontières et en essayant de comprendre l’incompréhensible. C’est ce monolithe qu’il essaye tant bien que mal de comprendre. Une masse noire, rectangulaire, parfaite, terrifiante. Et à chaque fois qu’elle apparaît, l’Homme change.

Pour la première fois, le singe devient Homme et c’est en tuant qu’il le devient, en se servant d’une arme : un os. C’est juste après que s’ensuit la plus longue ellipse du cinéma pour transformer cet os en vaisseau spatial, arme des temps modernes.

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L’aube de l’humanité, le début de la violence

C’est à ce moment que Kubrick devient politique. Il expliquera par la suite, que ce vaisseau était nucléaire : la peur de la bombe H domine encore, 4 ans après son Docteur Folamour. Puis, on suit Heywood R. Floyd, scientifique qui garde une étrange découverte seulement pour les Américains : un monolithe noir est enterré dans la Lune. Alors, quand il s’en approche, il le touche du bout des mains, comme les singes auparavant : l’humain n’a pas tant changé après tout. En fait, on le remarque déjà avant : les occupations de Floyd sont de manger et de diriger son équipe pour garder son bien pour lui. De même, encore, que les singes qui mangent et qui se battent pour leur pauvre flaque d’eau. Stanley Kubrick porte donc son habituel regard sombre sur la société humaine, terrassée par la violence et la technologie.

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Valse spatiale, superbe et mécanique

Cette critique de la technologie revient dans la troisième partie du film, quand deux astronautes sont confrontés à HAL 9000, intelligence artificielle, réputée infaillible, jusqu’à qu’elle commette une erreur. Par la suite, HAL essayera de tuer les astronautes avant d’être débranchée. Au-delà de critiquer les tendances dangereuses de la technologie (et encore, le film date d’avant les années 70, il faut imaginer ce que Kubrick penserait de notre époque), le film montre aussi la mort lente d’un ordinateur. La limite entre l’Homme et la machine est très fine et la différence est abolie quand on voit l’œil humain de la même manière que l’œil rouge de la machine.

La dernière partie du film est la plus étrange. C’est là que l’astronaute Bowman rencontre le monolithe et entre dans une autre dimension, représentée par une longue séquence psychédélique. Le spectateur entre, comme le personnage, en transe et se retrouve devant ce que Kubrick fait ici de mieux : il montre des images métaphoriques qu’on ne peut prendre au premier degré. Car après, Bowman se retrouve dans une étrange pièce, hors du temps où il se voit vieillir, puis mourir. Pour ensuite se transformer en ce célèbre fœtus, tant interprété par la suite. Ce fœtus c’est le dépassement de l’Homme, un surhomme. Un surhomme qui domine la Terre, qui, on le sent, a dépassé la violence, la technologie, les besoins primaires. Et le film, dans toute sa grandeur, se finit avec un regard caméra, signe que ce fœtus peut même briser le quatrième mur.

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Le surhomme, sous forme de fœtus

Au-delà de toutes ces interprétations, il y a la mise en scène de Stanley Kubrick. D’abord, elle est parfaite, de par ses symétries, ce cadre réglé au millimètre près, ces couleurs gérées une par une, etc. Ensuite, le réalisateur arrive à ce pourquoi le cinéma est fait : raconter une histoire à l’aide d’images et non de mots, d’astuces de montage et non de dialogues, de mouvements de mise en scène en se passant de plans terre à terre. Et quelle histoire, enrobée par une superbe musique, mélangeant la mélodie effrayante György Ligeti, la valse de Johann Strauss ou encore le cultissime thème de Richard Strauss, Also sprach Zarathustra.

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Un cadrage atteignant la perfection

Il faut le dire, 2001 est au-dessus. L’influence est certaine, ne serait-ce que sur le cinéma. Pour choisir un simple exemple, autre que le 7ème art, la rumeur dit que la dernière musique de l’album Meddle de Pink Floyd, Echoes, paru trois ans plus tard, est calquée sur la dernière séquence du film, une musique psychédélique de 23 minutes.

Il est difficile de parler décemment de 2001 tant l’œuvre est complexe, vaste et ambitieuse. Pour conclure, on ne pourra que dire que Stanley Kubrick est un maître, que son œuvre est un chef-d’œuvre et qu’il n’y a pas grand chose d’autre.

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50 ans plus tard, 2001 est toujours le trip ultime