« J’écris pour être compris, plus que pour être connu »

Cette année, La Giclée a décidé de mettre en avant des jeunes ambitieux et inspirants, à travers une série de portraits. Valoriser des personnes lambda mais pas si ordinaires: tel est le but de ses rencontres. De quoi vous donner, on l’espère, l’envie de vous lancer, vous aussi, et d’assumer pleinement vos rêves et vos projets.

RENCONTRE #2: LE JEUNE CON, ECRIVAIN

« Les conquêtes de corps n’offrent que des trésors empoisonnés, je ne suis riche que du malheur de celles que j’ai abandonnées. Aide-moi à me souvenir, que derrière ce jeune con existe un vieil homme, en mal de devenir. » – Le jeune con

C’est à la terrasse d’un café, situé sur les pentes de la Croix-Rousse que nous nous rencontrons. Lucas Clavel ne ménage pas son style. Blouson en cuir Camel, cheveux bruns ramenés derrière, d’un geste presque mécanique, barbe de trois jours et cigarette à la main. À peine arrivé, il s’empresse de demander un café. 

Il a 25 ans et a fait des études d’arts appliqués. Aujourd’hui, il combine deux jobs, dont un dans la communication. On est bien loin de l’époque où, gamin, il était surnommé « petit con » à cause de son manque d’attention et de ses moyennes désastreuses. Pourtant, lorsqu’il réfléchit à un pseudo pour publier ses textes sur Internet, il y a quatre ans, « Le jeune con » est la première chose qui lui vient à l’esprit. 

« Les femmes sont mes inspirations premières » 

Lucas a commencé à écrire à l’âge de 7 ans. Il se souvient encore de son premier texte, décrivant avec une certaine innocence ses parents en train de se réveiller. Puis, l’écriture devient un passe-temps auquel il se consacre de manière partielle. « Là où j’ai commencé vraiment à m’y mettre, c’est à ma première déception amoureuse. C’est pour ça que mon sujet principal c’est les relations amoureuses, je pense que c’est ce qui a été  le déclencheur », avoue-t-il.

Ecrire, c’est un moyen d’extérioriser, un besoin de (se) raconter. Mais pas que. Il y voit une méthode de séduction efficace « J’ai vu aussi que ça plaisait aux filles. J’ai fait de la musique pour ça aussi, j’ai appris la guitare pour ça, j’ai appris le piano pour ça, toujours pour, au début, plaire aux femmes, à la base. Après, il y a comme une sorte de réelle récompense derrière, c’est utile pour autre chose, pour extérioriser des émotions. Mais je pense que les femmes sont… De toute façon, ça se voit, dans mes textes elles sont mes inspirations premières. » Et lorsque je demande comment est-ce qu’il qualifierait ses textes, il répond avec sincérité : « Je ne suis pas un technicien, je ne sais pas ce que je fais ». Après un temps de réflexion, il explique que Le jeune con, c’est de la poésie, brute, et impertinente. L’écrivain se plait à décrire une sexualisation poétique, mélancolique, mais avant tout, vécue. Des émotions qui viennent, et qui sont jetées sur le papier. 

« Arborant fièrement mes émotions, je pense être rassuré, de savoir que la vraie solitude, c’est de n’avoir personne à aimer. » – Le jeune con

« C’est pas explicable, c’est pas quantifiable. Ça vient. » 

Le jeune con apparaît d’abord sur Facebook où il récense 25 000 abonnés. Malgré la construction de cette communauté, Lucas décide de s’investir sur Instagram, où les mentions « j’aime » deviennent plus faciles et où l’on retrouve les gens lassés, qui ont décidé de quitter Facebook. Là, il se dévoile beaucoup plus. Ressent un besoin d’être vu. Même s’il avoue développé un certain égocentrisme, il tempère aussitôt : « Je m’expose et j’écris plus pour être compris que pour être connu ». Il s’impose un rythme, celui d’une publication minimum chaque semaine. Il accroche son public avec des dessins qu’il trouve sur internet en attendant de pouvoir collaborer avec un illustrateur. Quelques mots plongent le lecteur dans son univers, qui peut y retrouver l’intégralité de ses textes sous le post Instagram. 

Il tente de se structurer, ce qui lui permet de sortir son premier livre, auto-édité, il y a un an. Aujourd’hui, il se félicite d’en vendre un par jour environ, une vraie récompense. C’est un livre fragmenté, que l’on peut lire dans n’importe quel ordre. Un recueil où l’on retrouve son côté maniaque et désordonné à la fois. Il ne consacre pas de temps défini à l’aspiration brute. « Je peux ne pas écrire pendant quelques jours, et puis je peux passer douze heures, vingt heures, à ne pas dormir et à écrire (…). C’est quand je sens que ça vient, parfois c’est à la terrasse d’un café, parfois je suis en train de me balader, parfois c’est trois heures du matin, je suis dans mon lit et faut que je me lève parce que j’ai une idée. C’est pas explicable, c’est pas quantifiable. Ça vient. » 

ET POUR LA SUITE ? 

Son espoir, c’est de pouvoir vivre un jour de son travail. Lucas Clavel avoue avoir développé une certaine dépendance à ses publications sur Instagram. Aujourd’hui, avec près de 8 000 abonnés, il compte tenir le rythme d’un post hebdomadaire minimum et espère écrire un livre par an. Son deuxième livre a été remis au correcteur et devrait sortir prochainement. Il souhaite aussi se rapprocher de la musique en sortant un EP sur lequel il travaille activement. Il conclut: « J’écrirai toujours de toute façon ». 

Pour suivre ses aventures sur instagram:
Lejcon