Exploration derrière les têtes de rayon #3 – C’est (un peu) compliqué d’être l’origine du monde

Tu es plus MLF que la plus queer de mes copines ? Marre du théâtre subventionné qui te crache ses bons gros moyens à la gueule (sisi les Célestins avec Stavisky) ? Toi tu es chez toi dans les petits théâtres obscurs, avec des acteurs qui viennent te parler et partager un toast avec ton voisin ? Les filles de Simone sont avec toi.

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Voici leur super logo trop féministe! Source : Google Image

Un jour, perdue dans le festival d’Avignon, avec une copine on avait envie d’aller voir un truc de bobo-gauchiasse féministe. Je me suis dit qu’avec un nom pareil on allait pas être déçue. Je ne l’ai personnellement pas été, mais on était plutôt loin de ce à quoi je m’attendais.

Déjà, pour un collectif nommé selon l’une des féministes les plus renommées du siècle dernier, ladite féministe prend cher. Les deux actrices et la dramaturge sont mamans, et apportent leur vision de la maternité aujourd’hui, mais surtout elles disent à Simone de la fermer une bonne fois pour toutes sur le sujet (avis aux féministes nostalgiques de la première vague) parce qu’on peut être une femme libre qui s’assume et aussi maman. On est bien loin du cri de libération qui te donne envie de brûler ton soutien-gorge sur la place publique en sortant, on parle des difficultés et du bonheur que ça peut être, et on rappelle qu’aujourd’hui (même si rien n’est parfait) on a quand même un peu plus le choix, et que même, à l’inverse, les femmes dites « carriéristes » sont poussées à ne pas en avoir. Ou alors, la réalité des faits leur ferait regretter d’avoir osé choisir une vie de famille, en insistant sur le milieu du spectacle qu’elles connaissent si bien, où « une femme enceinte n’est pas enceinte neuf mois, elle est enceinte dix ans ».

Ce qui m’a personnellement fait sourire, c’est le petit moment foutage de gueule des néo-bobos écolos avec leur mode de l’accouchement naturel, à la maison ou dans la nature, à base de massage à l’huile d’avocat, juste après une discussion chirurgicale crue et glauque à souhait sur les pratiques de découpe du corps féminin lors des accouchements, pour que ça dure moins longtemps (parce qu’on sort du petit à la chaîne dans nos maternités françaises). La description est digne du dernier torture-porn à la mode pour enchaîner sur une hippie type « namasté », alors qu’elle est plus blanche que le lapin albinos de ma petite cousine.

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L’une des affiches, « namasté! » Source: Google Image

La virtuosité des actrices est tout bonnement surprenante. Elles virevoltent entre les personnages à une vitesse vertigineuse sans jamais nous perdre. Tour à tour mère, psy, Simone de Beauvoir, collègue de travail ou accoucheuse, la pluralité des situations nous donne un aperçu si large de la situation de mère qu’on croit y voir la nôtre, et qu’on s’imagine sans problème à leur place. Elles s’expriment avec tellement de sincérité qu’on se sent invité dans leur intimité, comme si elles te murmuraient à l’oreille.

L’esthétique est simple, un peu « do it yourself ». Les changements de personnage se font à base de post-its, ou de postiches de barbe cachés sous leurs jupes, tour-à-tour barbe de Freud ou poils pubiens. Besoins de faux seins ? Deux bols en plastique avec un téton en je ne sais quoi collé dessus et le tour est joué. Dégustation de placenta ? Tiens, voilà du boudin (sur des toasts parce qu’on n’est pas des bêtes).

Pour une première pièce, elles frappent plutôt fort. On est sur un jeu proche de l’exceptionnel, un propos intéressant, plus que défendable et un dynamisme à toute épreuve.

Surprenant mais plutôt rigolo à noter, Les filles de Simone ont aussi leur petit côté goodies, avec des sacs, des badges, le texte de C’est un peu compliqué d’être l’origine du monde bien sûr (présent dans ma bibliothèque évidemment) et des clitoreilles du plus bel effet.

Les filles de Simone ne vont malheureusement pas passer sur Lyon pendant leurs tournées (et c’est bien triste, d’ailleurs) mais c’est encore une jeune troupe qui ne compte que deux créations à son actif pour le moment (dont une encore en travaux) qui vaut le coup d’être connue (et d’être vue, si tu as la chance d’être dans l’une des régions où elles passeront). Et si tu es plutôt théâtre dans un fauteuil (comme notre bon papy Musset serait fier de toi) eh bien le texte de leur première pièce est publiée chez Acte-Sud papier donc commandable dans à peu près n’importe quelle librairie.

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Toi aussi, deviens une féministe accomplie et brûle ton soutien-gorge! Source : Google Image