A la découverte de Lyon #2 – Les mystères de Bellecour

On se retrouve pour une nouvelle visite guidée de Lyon ! Cette fois, la Giclée t’emmène dans le 2ème arrondissement et le quartier de Bellecour avec de nouvelles anecdotes toutes fraîches !

Après Terreaux, la visite continue vers le Sud, en direction de la place Bellecour. Et on commence tout de suite cette visite en s’arrêtant sur la rue de la République, à hauteur du Palais de la Bourse. Mais ce n’est pas ce bâtiment en particulier qui nous intéresse, mais ce qu’il s’est passé aux abords du palais le 24 juin 1894.

En 1894, Lyon accueillait l’Exposition Universelle, Internationale et Coloniale au Parc de la Tête d’Or. Sadi Carnot, le président de la République, était de passage à Lyon. Et dans un déplacement en calèche entre un discours et une représentation d’Andromaque au théâtre, il est poignardé par un anarchiste italien du nom de Caserio. Il faut savoir qu’à l’époque, la République française avait fait voter des lois dites « scélérates » dans le but de lutter contre les anarchistes et leurs actions.

Et Caserio n’a pas manqué son coup : Carnot ne survit pas à sa blessure et meurt quelques heures plus tard. Cet attentat est marqué dans la rue de la République avec une « dalle de sang », et une plaque qui explique l’événement sur le Palais de la Bourse. La prochaine fois que vous y passez, jetez un œil à vos pieds pour la voir !

2018.11.18 - la dalle de sang
La fameuse dalle de sang, vous la voyez ? Crédits: Ardélia Ferlat

On continue cette petite balade jusqu’à la place de la République. Rien d’ordinaire pour l’instant : c’est une place avec une fontaine qui continue sur la rue de la République. Mais est-ce que vous aviez remarqué que cet endroit coupe la rue, et que par conséquent, elle ne forme pas une ligne droite ?

Si on ne se pose pas la question de pourquoi, c’est vrai qu’on s’en fout un peu. Après tout, c’est qu’une rue coupée par une place. Mais il faut connaître un peu l’histoire de cette rue pour comprendre pourquoi la rue de la République n’est pas droite.

2018.11.18 - rue de la république
La rue de la Ré pour les intimes. Crédits: Ardélia Ferlat

La rue de la République n’existe que depuis la seconde moitié du 19ème siècle, et est modelée sur les travaux d’Haussmann à Paris – c’est-à-dire détruire les petites rues toutes enfermées pour en construire de nouvelles plus grandes, plus aérées et plus accessibles à la circulation. Elle s’appelle d’abord rue Impériale, en l’honneur de Napoléon III, et permet de relier la place Bellecour plus rapidement et plus facilement à l’Hôtel de Ville – la rue de l’Impératrice (aujourd’hui Edouard Herriot) est aussi construite dans le même esprit. Mais la construction de la place de la République a un intérêt particulier.

En effet, à cette époque, le centre-ville est habité par toutes les classes de populations, bourgeoises et ouvrières. Et dans le quartier Grolée, entre l’actuelle place de la République et Cordeliers, les insurrections populaires sont fréquentes.

Vous commencez donc à comprendre pourquoi la rue de la République fait un crochet au niveau de la place. Elle a été pensée et construite pour expulser cette population ouvrière du centre de Lyon, et aussi pour permettre aux forces de l’ordre (qui se trouvaient alors au sud de la place Bellecour) de se rendre plus rapidement dans les zones d’insurrection – c’est-à-dire les quartiers ouvriers de la Grolée et des pentes de la Croix-Rousse.

Mais bon, faut quand même dire que c’est beaucoup plus joli de faire son shopping là-bas qu’au centre de la Part-Dieu.

les misérables
Les gilets jaunes de l’époque quoi.

On ne pouvait pas finir cette balade sans parler de Bellecour. Alors non, on ne parlera pas de la légende comme quoi le sculpteur de la statue de Louis XIV s’est suicidé parce qu’il avait oublié les étriers (parce que c’est totalement faux), mais on parlera bien du piédestal de la statue. Sur les deux côtés, on peut voir deux statues plus petites, un vieux monsieur barbu et une jolie dame. Ce sont deux allégories du Rhône et de la Saône qui représentent la ville de Lyon.

Mais ce qui est le plus fou, c’est que vous pouvez les retrouver un peu plus loin, sur le pont La Fayette, en version beaucoup plus grande. Alors pourquoi avoir deux mêmes œuvres, dans des tailles différentes, dans un périmètre aussi restreint ? En réalité, les œuvres situées place Bellecour avaient été mises en sécurité dans l’hôtel de ville à la Révolution, pour éviter qu’elles ne soient vandalisées. Mais parce que c’était dommage d’en priver les lyonnais, la ville a décidé d’intégrer une copie de ces statues sur les piles du pont lors de sa reconstruction à la fin du XIXème siècle. Les statues de la place Bellecour sont revenues à leur place originelle seulement en 1953 !

2018.11.18 - pont
Bon, vu qu’on peut pas bien les voir sur le pont, vous savez où les trouvez pour les voir de près ! Crédits: Ardélia Ferlat

Pour finir, je vais vous parler de l’accident le plus absurde de l’histoire de Lyon. Le 11 octobre 1711, le carrosse de Madame de Servient a eu un accrochage avec une charrette. Rien de très grave jusque-là, si ce n’est l’afflux important de lyonnais revenant de la vogue de Saint-Denis à Bron. Avec la foule, le cheval de Mme de Servient s’emballa et créa une bousculade sur ce pont trop étroit. Ce mouvement de panique entraîna la mort de 241 personnes : 216 sont mortes écrasées et 25 noyées dans le Rhône. D’ailleurs, 14 ans plus tard, Madame de Servient fait don de ses terres situées vers la Part-Dieu aux Hospices de Lyon dans le but de se faire pardonner – mais aussi parce qu’elle ne voulait pas que ces terres tombent dans les mains de la famille de son mari, donc on va dire que ça tombait plutôt bien.

Sur ce, la morale de l’histoire, c’est de ne pas aller pas à la vogue de Saint-Denis à Bron.
A bientôt pour de nouvelles histoires lyonnaises !